Atmosphère
Des ambiances, de la découverte, des parfums, couleurs, du dépaysement…. le sel de la vie
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Autrefois, la France.
Le roulement d’un tambour emplit la place carrée, court sous les arcades, s’en échappe en se réverbérant aux alentours. L’air craque et pétarade, des pavés graisseux jusqu’au plus haut des façades humides où s’écoulent des particules de fer disparates rabattues par la pluie. Baptiste, qui s’est assoupi hier soir dans son fauteuil s’éveille en sursaut.… Read more
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Le chevalier Esprit.
Vient la nuit qui s’impose à l’éveil. La fatigue pose ses doigts pesants sur mes paupières tendres et je m’abandonne doucement et sans intention aux délices de l’inexistence chronométrée qui se nomme sommeil. L’environnement s’évanouit, mon corps flotte, je ne suis plus ni ici, ni là dirait-on. Un phénomène d’une banalité si familière qu’à cette… Read more
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Studebaker
Les plaines du Texas étaient vastes. Au-delà de l’horizon, puis du nouvel horizon qui lui succédait et de tous ceux, nouveaux, qui apparaitraient au loin, elles demeureraient vastes. Elles étaient souvent sèches, toujours larges et ennuyeuses. En dehors de la mer, tout ce qui est plat ennuie. Elles étaient presque ainsi qu’ils les avait imaginées,… Read more
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Les êtres de rien.
Le papier léger du mouchoir jetable s’enflame avec hésitation sous l’effet incendiaire de la longue allumette, au fond poudreux de l’âtre partiellement empli de cendres légères de la veille. Un mauvais bois sans doute, une variété gorgée d’eau au naturel, du peuplier où une quelconque autre variété habituellement délaissée. Comme si pour les arbres ainsi… Read more
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Les impudents parfois imprudents.
Avez-vous remarqué comment certains parviennent à occuper sans relâche ce qu’il est convenu d’appeler les média avec une facilité qui n’a d’égale que celle des importuns à vouloir sans cesse vous voir et vous revoir ? Ainsi tenez, Jack Lang. S’il advenait que par malheur il chutât du haut de son ego ou de sa faconde,… Read more
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La nature
Assise sur une pierre ronde, la nature, alanguie presque, observe sans passion une eau étendue et translucide que sa main agite en lents mouvements circulaires. Elle s’ennuie et souffle un peu par instants, les yeux dans un ailleurs insondable et terne. Ses cheveux si longs ondulent dans le vent léger qu’elle a décidé, blonds, auburn,… Read more
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J’irai fouiller dans mon passé,
J’ai grandi dans ces années soixante sans savoir, comme nous tous, qu’un jour elles deviendraient mémorables. Je sais bien que les jeunes diraient « cultes », mais je ne suis pas jeune et j’ai un respect profond bien que suranné pour la langue qui m’accompagne depuis fort longtemps déjà. Quelques éruptions de cette époque aux mille contrastes… Read more
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Le train dans l’infini
Je regarde, par la large fenêtre ornée en ses angles de feuilles de bois ouvragées, un paysage hypnotique qui passe et file dans une neige fraiche et scintillante piquée de bouleaux, éclaircie de lacs entremêlés. Le soleil bas peine à s’élever de quelques toises à l’horizon de la plaine quelque part entre Krasnoyarsk et Irkutsk.… Read more
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Dans les mains des mineurs
C’était le temps où ma carrière de mineur de noirceur était déjà bien entamée. Peu nombreux dans la fratrie, moins encore parmi les générations passées étaient les hommes ayant échappé à la mine. Couvert dès l’aurore de cette incertitude qui embrouillait l’esprit, je rentrais le soir la gueule salie d’un anthracite non consommable dont chacun… Read more
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Les yeux de Romy
Lorsque les yeux de Romy rencontrèrent sa bouche, c’était en 1938 je crois, oui déjà…. ils en tombèrent éperdument amoureux, dans l’instant, abasourdis par le charnu de ses lèvres dessinées par un demi-dieu . Et pourtant chacun sait bien qu’ils n’avaient rien vu encore. Ils furent nombreux les yeux qui l’aimèrent. Acteurs, metteurs en scène,… Read more
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Dans le lointain
Dans le lointain, là où la terre retournée par le pas des troupeaux et le soleil se réunissent parfois dans un mordoré éclatant, au delà dirait-on, au sud, après les collines vertes piquées de coquelicots qui cèdent la place aux montagnes toujours enneigées, après tous ces ailleurs qu’y a t-il donc? L’homme ancien à la… Read more
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L’homme de fin
L’homme a remisé la morgan bleu de mer aux jantes toutes de chrome le long du trottoir souillé, devant la terrasse ombragée de la trattoria « il rospo », sous les arcades, là où le soleil de onze heures s’évertue sans succès à fatiguer les vacanciers attablés dans l’attente d’un rafraichissement. Leur costume, tongs, tshirts et shorts… Read more
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Age dur, eau de vie
Lorsque l’âge, comme l’hiver, fut venu, c’est à dire sans surprise ni enthousiasme, j’étais assis, je m’en souviens dans ce bureau que j’aimais tant où brulait un feu tout en gerbes d’étincelles heureusement maitrisées. Brûler du pin sec me réjouissait toujours tant le feu qui en résultait s’avérait indomptable, rapide, brulant mais aussi hélas éphémère. … Read more
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Autre époque.
C’était une époque proche encore où nous ignorions les dangers à venir, tandis que les nuages qui lentement s’accumulaient dans le firmament n’évoquaient que la pluie prévue pour le lendemain. Les habitants du quartier avaient condamné l’accès au square, dressé de longues tables recouvertes de nappes basques aux rayures vertes régulières sur un fond blanc… Read more
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Clair de Lune
Il est des jours incertains, particulièrement ceux au long desquels mon esprit alangui s’enfuit avec lenteur vers la nostalgie, cède à l’abandon, où je pense que si cela n’avait été que pour entendre « Le clair de lune » de Claude Debussy, cette vie eut valu d’être vécue. Vous souriez sans doute et pensez déjà à dix,… Read more
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Temps pis
Mon vieux costume de poussière m’entraine avec lenteur, hasard et détermination sur ce chemin où, m’a t-on dit il y a bien longtemps, elle se trouvera, fatalement, heureusement. Le temps, sur un côté, ses beaux cheveux élégamment froissés par le vent, assis dans son costume d’étoile filante me regarde passer tandis que je ralentis, en… Read more
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Le bon docteur Pêchu
Le double menton enfoncé dans la paume de sa main grasse, humide, coude posé sur l’accoudoir inconfortable de son fauteuil faux Henri III le docteur Pêchu pense à sa vie. Ses gros yeux globuleux verts de vase regardent à l’intérieur de son vieux corps sa vielle vie qui déjà l’abandonne. Il n’a pas encore cinquante… Read more
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L’enfant qui n’était pas Roi
L’enfant est assis, rabougri sur le carrelage frais, dans la cuisine, dans un coin, presque blotti derrière le réfrigérateur. Il a enfoui sa tête entre ses genoux recroquevillés qui dépassent de sa culotte courte. Il a posé ses mains sur le sommet de son crâne et serré ses coudes sur ses oreilles, pour ne pas… Read more
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Des espoirs
Souvent il rit. Il rit fort. Il rit parce que gémir, ou pleurer l’éloigne des autres, qui désespèrent. Il ne pleure pas, afin de ne pas devoir commenter, expliquer, justifier. Avez-vous déjà remarqué que si vous pleurez, vos proches vous demanderons pour quelle raison vous êtes triste, alors que si vous riez, ils se feront… Read more
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La voix
Soucieux d’échapper à la lancinante présence de ma voix intérieure, je décidai, il y a bien longtemps déjà de parler à voix haute et pour ainsi dire tout le temps. Il n’existe en effet pas d’autre moyen pour faire taire cette conscience non souhaitée et volubile que de l’oblitérer avec les sons de notre élocution.… Read more
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Nos ancêtres les plus éloignés
Nous sommes en banlieue assez éloignée de ce qui n’est pas encore Bordeaux, ni même Burdigala, au bord d’une rivière paisible qu’on appellera Dordogne lorsque l’homme décidera de tout nommer, pour tout s’approprier, fort de sa naissante supériorité assassine. L’air est froid, sec, cassant, la végétation épuisée, la neige partout. De rares élans parcourent l’orée… Read more
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Crime et brouillard
Un square, le soir, sous le faible halo de lumière d’un réverbère luisant dans l’humidité montante, un banc, sombre déjà. Ce sera une nuit fraiche, à relever son col de laine contre la peau mal rasée et à serrer dans ses poches ses mains contre son corps pour faire barrage au froid. Du pavé déjà… Read more
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L’oubli des vieillards
Il y a dans la salle commune de cette maison de retraite ordinaire comme un silence pesant, presque palpable. On entend quelques pieds emmitouflés de pantoufles glisser sur le carrelage de façon irritante. Des mains frôlent les toiles cirées à la recherche de vestiges inexistants. Des gorges se raclent, certains râlent un peu. Des infirmières… Read more
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Fanfan
Fanfan marche d’un bon pas ce matin dans le village endormi par un hiver précocement glacial. Chacun sent bien que les lourdes gouttes d’eau claire et déformantes auront gelé sous peu en gros stalactites suspendus aux balcons des maisons montagnardes. Le village, resserré sur son étroit promontoire et à l’accès limité, surplombe une vallées étroite… Read more
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Lino et les autres
Lino entre dans la pièce, pesant de sa stature sur ses chaussures noires qui craquent sous l’effort. Il emplit immédiatement l’espace de ses épaules, tellement larges qu’on jurerait qu’il a enfilé sa veste avec le cintre et de sa tête, carrée, comme un seau de fer percé de deux trous et renversé sur une caisse… Read more
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C’est à la campagne qu’on construit les adultes
Lorsqu’on a dix ans, la chance d’échapper enfin au trop pesant supposé amour familial, mais qu’on n’a ni l’argent, ni l’autonomie pour partir en vacances comme beaucoup, il est de bon ton de rendre visite à ses cousins avec lesquels au fil du temps des liens d’amitié forte se sont tissés. Cette année-là par conséquent… Read more
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Cinéma, cinémas
Depuis que, récent adolescent, j’ai vu s’émouvoir sur les écrans blancs des hommes et des femmes de toutes les contrées du monde, j’ai pensé que plus que toute autre forme d’art le cinéma projette à merveille l’environnement culturel d’une nation, ses espoirs, ses craintes et traduit mieux l’expression de ses racines profondes que n’importe quelle… Read more
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La Lucie
Depuis que l’ancien, épuisé de maladie a abandonné de vivre. Depuis qu’il a laissé la tuberculose croitre et prospérer dans ses poumons jusqu’à les réduire à l’état de pierres ponces que l’air ne parvenait plus guère à remplir, la Lucie vit seule. Seule, elle l’est depuis peu car le vieux Giuseppe, enfin, on dit Joseph… Read more
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Le chêne
Un jour soudain qui surgit au lendemain d’un autre jour, sans annonce, comme si ce jour en eut valu un autre, il eut soixante ans. L’homme en fut surpris alors même qu’il avait eu cinquante ans déjà et que la veille encore, il avait cinquante-neuf ans. Ceci, en toute logique et sauf rappel anticipé des… Read more
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Flamme éternelle
Lorsqu’il pousse la lourde porte de chêne épais tavelé par l’âge, la porte qui sépare la vie de la fin plus loin, pas encore de la mort, le rythme de son cœur ralentit, comme pour l’habituer aux nouvelles conditions de cette existence. Il perçoit nettement que l’air est désormais raréfié, moins chargé en oxygène, que… Read more
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Roots
Ange Panassieu est un homme provençal comme on en fait plus, le moule est cassé, tout simplement. Il est noir de cheveu, grand, plutôt mince, le teint olivâtre, les mains fortes et courtes avec de grosses veines sinueuses qui gonflent quand il s’emporte ou qu’il serre les poings. Son verbe est haut, sa parole facile… Read more
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Tout mélangé
Grumph s’avance précautionneusement à l’ombre des palétuviers géants. Il fait halte contre le tronc d’un arbre, à la fois pour écouter bouger son environnement mais aussi pour relâcher la fatigue de la traque. Ses mains puissantes tiennent une massue à deux cognées de silex tranchant. Il lève sa tête recouverte d’un poil dru aux arcades… Read more
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Plomberie
J’ai beaucoup d’admiration pour ces chroniqueurs de radio ou la presse écrite qui chaque jour rédigent une ou plusieurs chroniques. Ils étaient, pour moi, des hommes et des femmes peu ordinaires. Il m’a fallu du temps et l’aide d’un ami haut placé pour comprendre, mais maintenant que je sais, je les imite sans gloire certes,… Read more
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Fuite
Les ombres allongées dans la rue structurent à espace régulier le paysage presque nocturne du village à l’heure où, autrefois harassé par une nouvelle journée sans travail chacun se serait avachi pesamment devant Netflix, paquet de chips ouvert sur la table basse. Mais le paquet est vide, depuis fort longtemps et Netflix plus qu’une illusion… Read more
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Douce est la nuit quand elle s’éteint
Des profondeurs de son être grondaient les vagues sismiques et dévastatrices de son échec. Elles l’assaillaient par vagues successives, roulaient, toujours plus puissantes, jusqu’à ce qu’une déferlante ne l’atteigne par surprise. Il roulait vite, toujours plus près des limites de la sportive qu’il menait grand train sur les routes inégales et escarpées de la sierra.… Read more
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Tueur de temps
Alors que je m’étais facilement installé dans la paresse depuis le début de la crise, il y a déjà quelques jours, je décidais de me préparer âprement à ce qui va suivre. Aujourd’hui, impatient et velléitaire, excessif et rabelaisien, revêtu des oripeaux de la mort et armé de sa faux, j’ai décidé hardiment de tuer… Read more