Mon vieux costume de poussière m’entraine avec lenteur, hasard et détermination sur ce chemin où, m’a t-on dit il y a bien longtemps, elle se trouvera, fatalement, heureusement. Le temps, sur un côté, ses beaux cheveux élégamment froissés par le vent, assis dans son costume d’étoile filante me regarde passer tandis que je ralentis, en vain, pour lui parler, pour lui dire, lui demander, que sais-je.
Pour lui crier toutes ces interrogations qu’inévitablement on dévoilerait au maitre de l’avenir pour qu’il nous accompagne, qu’il nous rassure, qu’il nous serre et nous libère si l’on pouvait s’arrêter.
Un jour, demain, sur ce chemin m’a-t-on dit encore, tu la reconnaitras, tu la croiseras, le monde entier y travaille, sais-tu et sans éclat, elle prendra sa place vers toi, toi vers elle.
Alors je marche au bord dans le sable si fin qu’il colle à mes souliers, usés déjà et qui alourdissent ma progression.
J’étends le bras pour laisser mes doigts caresser l’avoine mure, tiède, et sucrée sous la langue. Elle se courbe sous la caresse, glisse et s’enroule autour de mes doigts.
Le vent change et fouette les rides déjà profondes de mon visage, les emplit d’un sel marin transporté depuis le large invisible mais odorant.
Un instant seulement je m’arrête pour contempler l’étendue sans fin des marais d’où s’envolent des oiseaux migrateurs, libres, de l’autre côté, faisant face aux cultures de juillet. Mais le temps, le temps m’appelle, je dois avancer encore, toujours, chercher sans effort, continuer sans douleur.
Je distingue plus loin une silhouette onduler doucement dans la brume de chaleur, le mirage vacillant de midi.
J’approche, a-t-elle ralenti, je ne sais pas, je suis à sa hauteur déjà et comme toujours, je suis saisi par la légèreté de son existence, la pâleur transparente de son visage qui laisse deviner les émotions circuler sous sa peau. Je sombre et déjà je faiblis devant l’émouvant mouvement de son corps flexible, envoutant.
C’est elle sans doute, déjà, vraiment, comment, si vite.
Je tends la main, saisit la sienne qui me griffe au moment où, en un éclair éternel, nos esprits se rencontrent par erreur sans doute. Je la laisse s’éloigner sans avoir vu son visage ni compris ce qui fait que si longtemps après encore les blessures demeurent.
Je respire profondément, je souris et regarde devant moi le chemin qui continue à serpenter dans une campagne plus verte et riche. Un ruisseau trépidant marche à son rythme, parallèle au chemin. J’y puise un peu d’eau qui rougit mes joues, me relève et j’avance vers le sommet de la colline dont j’atteins la cime ensoleillée.
Au loin, une mer calme répand de faibles vagues sur la côte tandis qu’à quai, un voilier s’apprête à s’élancer.
Quelques hommes, assis et las, le visage baissé attendent vêtus d’un vieux costume de poussière qui les entraine avec lenteur vers un lointain inconnu.
J’observe encore le chemin qui descend mais je n’y distingue aucune silhouette rassurante, celle de la femme, celle qui m’a-t-on dit se trouvera sur ce chemin.
Je m’arrête encore, un peu. Le temps me hèle, m’appelle, crie, hurle, invective, son visage si doux se fait hideux.
Je m’arrête, je tourne la tête vers le ciel et le soleil, chaud sur ma peau et je l’attends, elle.
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