LES LETTRES DE LÉON


Clair de Lune

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Il est des jours incertains, particulièrement ceux au long desquels mon esprit alangui s’enfuit avec lenteur vers la nostalgie, cède à l’abandon, où je pense que si cela n’avait été que pour entendre « Le clair de lune » de Claude Debussy, cette vie eut valu d’être vécue. 

Vous souriez sans doute et pensez déjà à dix, cent thèmes musicaux, mille images tendres, de longues pages inscrites dans votre coeur qui mériteraient le même éloge.

Sans doute avez-vous raison.

Il se fait cependant qu’en laissant mes pensées divaguer au son de ces tendres notes, je la vois entrer dans le parc, robe et ombrelle blanches sur fond d’encre de la nuit, sous la voute des branches de hêtres agitées par un vent capricieux et caressant. 

Elle s’assoit, doucement, sur le banc de même bois qui l’attend chaque soir, lorsque luit la lune au firmament piqué d’étoiles  vibrionnantes. 

Ses yeux d’ébène noir se fixent sur l’astre qui traverse si lentement le petit bois en souriant. Ses pensées se fondent quelques instants légers dans l’immensité céleste qui saisit son coeur, accélère son souffle à la pensée de l’être aimé. 

Au loin, presque imperceptiblement un pianiste libère quelques notes pures de son instrument qui viennent caresser son oreille attentive.

Puis sans émoi, la lune disparait derrière quelques acacias plantés là, l’abandonnant à sa rêverie que lui seul, s’il revenait, saurait interrompre.

Elle se lève, frotte un peu le taffetas de sa robe pour le défroisser, jette un oeil au ciel noir, se dirige vers la sortie du parc, se retourne, soupire, un peu, sourit, un peu, puis s’en va.

Quant à moi, lorsque j’écoute ces notes, ce morceau si court, si éternel, je pense à elle et un bonheur involontaire emplit mon esprit, m’emportant dans la calme tempête de l’espoir.

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