LES LETTRES DE LÉON


Les autrefois

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Les choses étaient bien mieux avant. Les jeunes étaient polis, respectueux envers leurs ainés, ne rechignaient pas à mourir à la guerre, bombaient le torse avec fierté dès qu’on y piquait un absurde ruban et courageux au travail avec cela, blablabla… Je vous parle d’un temps où le respect primait sur toute autre considération. 

Cela sonne-t-il à vos oreilles attentives comme un « déjà ouï » lancinant ?

Je me souviens mes grands-parents tenter, sans succès, de me nourrir de ces édifiantes remarques et de bien d’autres encore, souhaitant avant tout, aux jeunes, une bonne guerre pour leur apprendre la vie ! 

Rions ensemble et notons l’absurdité de cette sortie qui permettait de qualifier la guerre du bel adjectif de « bonne » et de la parer d’une vertu pour le moins contradictoire, celle d’apprendre aux jeunes qui allaient y mourir, à vivre. Tout simplement.

Je me souviens mes parents qui, déjà murs trouvaient tout mieux que du temps de leur prime jeunesse. Et qui soudain, vers la soixantaine alors qu’ils devenaient blettes j’imagine se souvenaient d’une enfance plus tendre, plus douce, en un mot, mieux.

Je me souviens de beaux-parents qui ne comprenaient pas pourquoi, désormais, la poste devait s’équiper d’ordinateurs alors qu’autrefois, elle fonctionnait mieux …. sans. 

Il faut dire qu’il ne voyaient pas davantage l’intérêt des routes … n’ayant jamais trouvé quelque raison de se déplacer au-delà de l’horizon, sauf, bien sûr, si une poste d’intérêt pouvait s’y trouver… Mais ceci restait à démontrer.

Il est vrai qu’à ce compte nombreuses sont les réalisations qui perdent de leur sens.

La poste, rappelons-le, qui en ces temps encore récents et pour beaucoup d’entre les gens d’alors représentait la République triomphante comme l’arc de triomphe posé dans sa laideur architecturale personnifie la quintessence de la stupidité humaine. 

Une considération toutefois plus récente de cette œuvre j’en conviens.

J’écoutais ces aphorismes que, bien qu’encore fort jeune, je rangeais dans ma boite mentale marqué des signes « rare bêtise » et dont je comprenais qu’ils ne répondaient à aucune logique. Au mieux, me disais-je en moi-même, pour éviter de recevoir une gifle bien pesée, cela correspondait à une perception nouvelle du monde dont s’habillaient les vieillards, l’âge avançant.

Ainsi donc, tout était mieux autrefois et les générations successives s’échinaient sans relâche et chacune leur tour à tout détruire. Alors pensais-je en mon fort intérieur car j’étais déjà qualifié d’impudent, d’arrogant et certains jours plus frileux d’anarchiste glacé qui finirait mal. Je pensais donc qu’il y avait là quelque piège facile à démêler. 

Si chaque génération ôtait un peu quelque bonheur à celle qui lui précédait, imaginez un peu l’immense bonheur qui devait être celui de l’humanité trois mille générations dans le passé lorsque homo sapiens nous fit l’honneur de devenir l’animal dominant cet environnement. 

Les plus croyants en un Dieu immanent confirmaient. Au début l’homme et la femme (bien que coupable des premiers errements…) étaient au paradis  et il fallait l’admettre, nous ne vivions plus au paradis. Quelque chose se perdait donc peu à peu. Mouais…

Ou alors, tout simplement, alors que l’Homme vieillissait il se souvenait de sa jeunesse perdue, la regrettait et la parait de toutes les vertus. Ceci me sembla plus proche de la réalité, mais qu’importe. Je ne prétends pas détenir la vérité, juste savoir quelques faits.

Mais voici que par une belle journée d’été, un de ces étés beaux comme ceux d’autrefois quoique plus chauds, vous voyez, moi aussi déjà je regrette ce passé… Mais voici disais-je que je devins vieux moi-même. Du jour au lendemain, je quittais l’état de jeune où tout était donc parfait à celui de vieux où les choses étaient mieux, avant. 

Je fus tellement surpris de cette spontanéité que je revins quelque pas en arrière pour chercher à quel moment précis chacun basculait d’un état « tout va bien » à celui, beaucoup plus précaire de « c’était mieux avant ». 

Mais la nature ne me révéla rien. J’étais, puis je fus, un point c’est tout. J’avais tout ou presque et j’entrais dans cette période ou peu à peu j’abandonnais chaque jour un peu de quoique ce soit. 

Je commençais à trouver ces jeunes bien arrogants, un tantinet feignants, manquant de respect. Et pour tout dire, lorsque le froid déjà s’en prenait à mes jambes, je les aurais bien envoyé guerroyer un peu pour leur apprendre à…. Enfin vous voyez où je veux en venir.

Par bonheur, la nature ayant placé notre cerveau au sommet de notre corps, c’est-à-dire au plus loin des écueils rencontrés sur notre chemin et le froid m’attaquant les pieds puis montant progressivement. Par bonheur donc, il me restait de jugement, en suffisance, pour me rendre compte que je commençais à en manquer. 

Si je construis des phrases quelque peu complexes c’est, vous l’aurez saisi, pour fin de vous aider à réveiller votre cerveau qui comme le mien en a parfois besoin. Mais revenons à notre sujet.

Je baignais donc désormais dans la même mare que mes ancêtres. Je pataugeais sans fierté dans cette boue qui lentement envasais mes lobes frontaux, pariétaux, enfin tous les lobes là où ils étaient.

Critiquant de ci, de là, au gré de mes rancunes et de mes « grinchosités » (si le mot existe, dès lors qu’il est écrit puis suffisamment répété. C’est le petit Robert qui me l’a enseigné, un vieil homme charmant bien que pour une raison inconnue il persiste à rester petit malgré son âge avancé). 

D’autres que je connaissais et s’étant aperçu de ce nouveau travers qui s’insinuait et les menaçait vicieusement se comportaient à l’exact opposé de ce qui les envahissait. 

Ils surjouaient un optimisme de tous les instants flattant la rare intelligence de leur progéniture, l’émergence d’une génération enfin clairvoyante, blablabla … Ils comprenaient, partageaient leurs préoccupations même si, avouons-le, ils ne comprenaient pas cette aversion qu’ils avaient tous pour la voiture, l’avion, la viande… Calmons-nous, les amis ! Attention.  Rappelons-nous, ils sont aussi bien et peut-être mieux que nous…

D’un côté comme de l’autre, le monde d’aujourd’hui n’était pas vraiment pire que celui d’hier et il était tout aussi certain qu’il n’était pas meilleur non plus.

Nos enfants n’étaient ni plus malins, ni plus bêtes, ils étaient, en même proportion qu’avant, majoritairement égoïstes, limités et imbéciles et minoritairement créatifs, inventifs et soucieux de leurs semblables. Oh ne vous offusquez pas, il est tout à fait possible à vous, moi, nous d’engendrer un ou une imbécile, sinon, par Thor, d’où viendraient-ils, ceux-là mêmes qui nous entourent? Je vous le demande.

Les choses étaient ainsi depuis toujours. La même fine proportion de l’humanité trouvait des moyens pour épaissir la mince couche de civilisation et de sécurité sous laquelle vivaient hommes et femmes et se considérait l’élite méritant respect et déférence. Une autre part, beaucoup plus importante, presque envahissante vivait des inventions des autres, y participait dans la mesure de ses moyens tout en considérant que tout aurait dû lui revenir puisque eux étaient des travailleurs.

Ainsi était-ce avant, ainsi était ce aujourd’hui et tous les régimes du monde pouvaient bien changer il en serait probablement de même demain.

Je me couche et pour rire, je me demande si autrefois, les lits n’étaient pas plus longs.

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