Aujourd’hui, tout converge vers l’éclosion puis la maturation de ce que nos amis ruraux nomment avec bonheur une bien belle journée.
Il pleut, par conséquent le risque de brulure solaire est atténué et cela est bon. C’est bientôt l’automne et cette saison si propice au renouveau des bonnes recettes de nos grand-mères, est si satisfaisante au massage de nos palais.
Il me vient en tête des idées de plats dont je sais qu’ils seront suivis d’un prompt ronronnement devant un épisode en fond sonore rassurant de Starskhutch et Hy rediffusé sur M12 pour la mille deux cent trente deuxième fois.
J’ai pensé vous ravir de nouveau avec mon savoir culinaire et c’est avec cette fin en tête que j’aimerais vous présenter la recette de « la garbure de par ici » qui n’a rien à voir avec celle d’un peu plus loin.
Mais avant de passer aux succulences gastronomiques, un mot sur l’origine du vocable « garbure ». Je sais que vous êtes nombreux à vous délecter de l’origine des mots aussi, me suis-je dis, pourquoi ne pas se réjouir ensemble du sens historique de « garbure » avant d’en constater les doux effets stomacaux ?
Comme vous le savez, la garbure est un plat rustique, roboratif, inventé pour soutenir son homme tout au long d’un journal de labeur. Ne cherchez pas dans un dictionnaire le sens du mot « journal » dans ce contexte particulier, vous ne le trouverez pas, je gage.
Permettez-moi donc de vous éclairer un peu. Un journal, autrefois était tout simplement la quantité de travail agricole qu’un homme devait fournir en une journée pour obtenir d’une parcelle de terre les bienfaits qu’il en espérait.
Par extension, il devenait possible de donner une dimension à un champ par exemple, ou un bois qui pouvait représenter dix, quinze journaux afin d’en tirer avantage. Je savais que cette anecdote vous intéresserait comme elle m’intéressa, il y a fort longtemps, lorsque je décidais de louer des bureaux sis Avenue des quarante journaux, ce qui, vous vous en doutez ne manqua pas de piquer ma curiosité.
Mais l’origine de « garbure » est plus amusante encore et ancrée dans l’histoire de nos bourgs ruraux.
Plat de campagne donc, constitué de bons haricots, viandes du terroir et d’autres ingrédients encore que nous décrirons plus loin, la garbure, alors qu’elle s’était répandue dans notre bon sud-ouest d’autrefois, ne manqua pas d’attirer la convoitise.
En ces temps anciens, il existait dans nos campagnes une population de moines un peu vikings qui n’hésitaient pas à se servir et piller à l’occasion le bon peuple dès lors qu’un avenant fumet venait friser les poils de leur nez, gros et à l’affut d’une bonne aventure gustative.
Après avoir beaucoup souffert et soucieux enfin de prévenir leur communauté, les paysans apprirent bientôt à user d’un vocable qui annonçait l’arrivée prédatrice des hommes porteur de bure.
« Gare aux bures » criaient les uns dès l’entrée du village pour avertir les autres plus loin et les inviter à protéger leur soupe mise à mijoter dès potron-minet.
Gare aux bures, gare aux bures, garbure…vous avez compris. Inutile d’être adepte de Darwin pour comprendre qu’avec l’évolution les choses se simplifient jusqu’à ce que leur origine ne disparaisse sous la poussière des siècles.
Bien entendu cette origine est contestée voire niée par les adeptes de la conspiration permanente. Tellement, que je ne suis plus tout à fait sur moi-même de la véracité de mes dires. Mais qu’importe n’est-ce-pas ? Cela pourrait être vrai.
L’autre jour, un lecteur me demandait si l’origine du mot « Gardénia » pouvait être raisonnablement rattaché aux mêmes origines. Je lui dis que non en me demandant comment certains synapses cérébraux pouvaient produire une telle réflexion.
Mais assez disgressé … je vous propose désormais de vous divulguer ma recette, en commençant par les ingrédients pour l’obtention desquels je vous invite à vous sourcer localement afin de vous conformer aux canons du moment.
La garbure : Recette paysanne pour six. Préparation plusieurs heures (recherche du canard col vert dans la nature compris). Niveau de difficulté 2-3/5.
Donc si vous êtes huit, vous divisez les portions par six puis multipliez par huit en ajoutant un peu de sel. Et si vous ne parvenez pas à calculer, ajoutez un peu de tout en plus comme disait ma grand-mère.
Il vous faudra donc, dans le désordre :
- 400 grammes de haricots tarbais (ou de la banlieue si vous n’en trouvez pas dans le centre)
- 6 carottes (je dis six parce que c’est vraiment facile à diviser par six et multiplier par huit).
- 2 branches de céleri
- 2 beaux oignons (par beau j’entends gros. En cuisine beau, c’est gros. Dans d’autres circonstances, il convient de vérifier).
- 1 poireau pour la couleur.
- Quelques pommes de terre.
- Des navets (Comme « les gendarmes à Saint Tropez », par exemple, en version Blu-ray pour le goût).
- De la graisse de canard.
- Un canard confiné mais sauvage que vous aurez chassé (vous savez où trouver la recette du canard confiné).
- Un chasseur avec son fusil et ses cartouches pour débusquer le canard sauvage.
- Un chien (non, pas pour le manger).
- Des bottes en caoutchouc, pour accompagner le chasseur, sinon, inutile de les poser à côté de la table de la cuisine pour faire comme si vous étiez allé dans les bois.
Voilà ! Dès lors que vous avez pu vous fournir en ingrédients, tout est prêt. Il convient ipso facto de passer à l’action.
Commençons par la traque du canard quelque peu fallacieuse dans la mesure où le canard col vert se trouve fatalement sur l’étang. Là où un trou a été aménagé précisément dans ce but. Le canard, le chasseur, le chien et même mes bottes en caoutchouc savent où se rendre. Et nous cheminons donc en bon ordre en portant avec attention le barbecue et le charbon de bois, pièces maitresse de la traque au canard lorsqu’on dispose de la côte de bœuf pour parachever l’œuvre. Chacun s’installe puis progresse au bord du lac.
Le chien furète un peu, mes bottes se couvrent de boue, le chasseur avance en zigzaguant, signe d’expérience, bien caché aux yeux du canard dans son costume camouflé…recouvert d’un gilet orange fluorescent et qui sent la mort à huit cents mètres.
Soudain un coup de feu ! Le chasseur s’écroule, victime d’une balle reçue au côté. Le chien se rue, je me rue, mes bottes se ruent …. il est mort.
C’est alors, qu’à quelques mètres seulement un beau canard col vert sort des roseaux, l’arme sur l’épaule en nous toisant d’un insolent regard méprisant. Je ne sais pas tirer, le chien non plus, nous repartons avec le corps très alourdi de notre ami chasseur.…
Après avoir consommé la côte de bœuf dans le silence des bois seulement dérangé par le crépitement des bûches qui se consument, j’envisage l’avenir et me demande ; que faire du corps, comment attraper le canard, comment aménager la recette.
Puis, submergé par l’envie d’efficacité, je décide de remplacer dans la recette le col vert par le chasseur, vert également que je confinerai à l’identique. Je sais que la morale du moment s’en voit particulièrement froissée et je vous demande d’oublier l’incident alors que, bienheureux, nous rentrons pour mener à bien notre projet.
Pendant que l’homme confine, éplucher tous les légumes et les mettre successivement dans le Thermomix qui dispose d’une fonction épluchage. Heureux d’avoir trouvé à cet ustensile une fonction précise, je remplis ensuite la cuve d’eau puisée au puits justement, y ajoute légumes et morceaux d’homme confiné, tout en remarquant qu’il me reste de quoi faire une blanquette, deux rôtis et un pot-au-feu, au bas mot.
Je ferme hermétiquement le Thermomix, pose une clé anglaise en métal iridium sur le couvercle et lance l’engin. Car si M. Thermomix m’indique deux heures de mijotage il ignore que j’ai remplacé le canard par un homme canardé et que de ce fait la cuisson s’en verra allongée. Dès que la clé anglaise aura fondu, la soupe sera prête, j’espère.
Le temps passe et fait son office. Seize heures plus tard la cuisine s’est emplie de l’odeur caractéristique de la garbure de par ici, adaptée aux circonstances, une variante.
Amis qui m’avez rejoint, réjouissez-vous, l’heure de la dégustation est arrivée.
J’emplis les assiettes creuses sous le regard admiratif de certains et gourmand d’autres recrues. Une belle soirée commence.
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