LES LETTRES DE LÉON


L’As Téroïde

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Terrhard expose aux rayons brulants de Solus ses terres arides couvertes de cailloux acérés, de sables brulants et tourbillonnants qui vous gifleraient les joues si vous étiez suffisamment inconscient pour les y exposer. 

Cette planète serait l’enfer s’il existait se dit Mirko Blazitch alors qu’il prend place dans son astéroïde personnel. Il s’agit de sa première fois et comme toute première fois, quel que soit le monde, il y a dans l’air une touche de fantaisie à nulle autre pareille. Ceci, alors même qu’il n’y a pas d’air sur Terrhard.

Après des millénaires solusiens d’attente, de formation, d’impatience, enfin, hier, son père l’a autorisé à concourir.

Il regarde à droite puis à gauche. Les autres concurrents ont pris place dans leurs engins, tous similaires afin que la compétition révèle leur caractère sans artifice technologique.

Les astéroïdes luisent doucement par intermittence, ondulent lentement au-dessus du sol que même les ombres portées ne parviennent pas à rafraichir.

Mirko a chaud et pour éclairer sa vision, passe un tentacule entre la première et la deuxième rangée de ses yeux effervescents, en perpétuel renouveau, là où la sueur s’immobilise toujours avant de l’aveugler. Depuis le temps, pense Mirko la nature aurait pu trouver une solution pour nous éviter ce désagrément. 

Mais déjà ses pensées reviennent vers sa tâche du jour.

S’envoler de Terrhard, foncer sans assistance vers Lunès accrochée dans le cosmos à deux cycles environ, la contourner pour bénéficier de l’effet accélérateur de sa gravité, s’enfoncer dans le noir absolu de la vitesse que même la lumière ne parvient plus à pénétrer.

Puis, freiner dans l’urgence éviter Galacticus et revenir, toujours plus vite vers Terrhard afin, espère-t-il, de s’y poser en vainqueur sous les vivats et les hourras des habitants de la galaxie, attentifs aux exploits des nouveaux explorateurs inutiles.

Il pose avec application ses huit tentacules sur les contrôles de l’astéroïde. 

– Accélération, 

– Freinage, 

– Droite, 

– Gauche, 

– Haut, 

– Bas, 

– Temps suspendu, 

– Temps accéléré,

– Rotation.

Alors il se rend compte qu’il y a neuf manettes et qu’il ne dispose que de huit tentacules. Un instant perturbé par l’absurdité du dispositif,  il choisit là où il posera ses organes et en quelque sorte décide de son destin sans y penser davantage.

L’astéroïde répond aux sollicitations de Mirko, rougeoie puis s’enflamme dans un éclair blanc de soudure avec le futur et, au signal espéré, bondit hors de la planète poursuivi par onze autres astéroïdes tout aussi repus de testostérone minérale.

Déjà le vide est là. Les étoiles filent de droite comme en haut. L’astéroïde accélère encore et surgit aux abords de Lunès au plus près de l’équateur de la planète.

Mirko renforce la pression de ses tentacules sur les manettes de l’engin, équilibre la pression agissant sur son corps, se rue vers la prochaine étape tandis qu’un concurrent le serre au plus près.

Soucieux de le distancer avant la phase de retour, Mirko louvoie, s’approche dangereusement de l’autre astéroïde jusqu’à le toucher avec une violence inouïe dans un jaillissement de lumière et d’étincelles inhabituelles et peu recommandées.

L’astéroïde roule sur lui-même, quitte sa trajectoire, s’enfonce au loin, sans espoir de retour vers Terrhard.

Un instant ébloui par tant de tourments, Mirko reprend ses esprits, essaie de situer où l’entraine son épopée mais déjà il sait qu’il n’y pourra rien faire.

Le voici perdu, en rotation, à une vitesse toujours croissante en direction d’un ailleurs immense et inconnu.

Il file comme une comète. 

L’astéroïde chauffé à blanc par la collision s’enfonce plus loin encore pendant un temps infini puis lentement se rafraichit suivi d’une longue queue de minéraux et de glace illuminés.

Au loin, progressivement, une jolie bille bleue grossit, de plus en plus et s’impose sur l’horizon cosmique.

Au sol, paisible en ce matin de douce chaleur, un animal imposant observe sans intérêt réel cette tâche lumineuse qui grossit là-haut au point de s’approcher de la taille du soleil.

Puis, à tort, sans s’inquiéter  davantage, il se penche à nouveau pour saisir quelques feuilles nourricières.

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