LES LETTRES DE LÉON


Le diable et les détails

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Dans le royaume brulant qu’il hérita un jour d’un père colérique et qui le fit confondre avec Satan, l’Ange de lumière réfléchit sur son destin écrit pour l’éternité. Assis nu sur un rocher incandescent, entouré de l’hystérie dévastatrice des volcans géants de l’enfer, il prend une pose réfléchie, de celles qu’il a revues, il y a peu, au Louvre dans l’aile consacrée à Michel-Ange. 

Lucifer, dit-on, est frappé du sceau indélébile de tous ces vices que Dieu reproche à l’humanité comme si le Styx l’avait, avec le temps, paré de toutes les turpitudes. Belzébuth, riche de patronymes divers dont il s’affuble sans renâcler aime à paraître, sa vanité étant le moindre de ses défauts. Le voici désormais qui s’étire dans une posture qui suggère son emprisonnement dans de lourdes chaines, la tête tendue vers le ciel, les muscles gonflés, le regard empli d’orgueil. 

Déchu, il reste beau, intelligent, puissant, pas assez cependant pour déposer son créateur, celui-là qui l’a exclu du Paradis. Il a choisi depuis sa survenue d’exercer ses propres choix, de célébrer son libre arbitre, d’être en somme son propre Dieu, ce que Dieu justement assimile a de l’orgueil lui qui pourtant ne revendique rien de moins pour lui-même.

Etonnant comme Lucifer ressemble aux hommes qu’il essaie encore d’embrigader contre son père. Fascinante cette coexistence supposée des pires comportements et des élans les plus beaux généralement fêtés aujourd’hui. Satan est l’homme dont l’imperfection est le symbole. A tout humain usant de sa liberté de penser, de remettre en question, de s’affranchir des chaines de l’aveugle croyance, le Diable rendrait visite, flatterait ces penchants interdits. L’âme supposée pure en serait pervertie, salie et nécessiterait de régulières actions pour retrouver un semblant d’originelle virginité.

Je lis, par dessus les distances, vos pensées contradictoires. Je vois vos sourcils se tordre et j’entends vos esprits s’interroger. Mais où Diable veut-il nous emmener?

Ô, je ne voyage jamais loin, toujours embarrassé de semblables bagages et pétri des mêmes intentions. Simplement, ce soir, tard, alors que mes mains m’appellent à la tâche, je mesure la grande proximité que j’ai avec cet être mythique qui, sans que je n’ai pour sa figure la moindre amitié, se confond avec mes tourments les plus intimes. N’ayez crainte, ne cherchez pas derechef les coordonnées de l’exorciste officiel le plus proche, cette proximité, je ne la ressens que dans la mesure où elle me semble rencontrer les espérances les plus profondes de mes contemporains.

Espérer, décider seul, désirer renverser les tyrans, séduire. Ahh séduire!

Je m’endors et m’étonne que le temps, l’Eglise aient vêtu le plus beau des anges de tous les vices, associant à sa volonté de libre arbitre les pires sentiments qui se puissent imaginer. Je m’endors et je pense. Qu’en serait-il si au lieu de proscrire, l’Eglise avait encouragé?

Pardonnez-moi si je vous ai ennuyé. C’est qu’il m’arrive de me soustraire à certaines pensées non désirées en les laissant voguer sur les ondes, en les propulsant dans le nouvel éther contemporain. Et je m’endors, plus léger, sans réponse, mais libéré pour l’instant d’inutiles pensées peu propices au sommeil.

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