LES LETTRES DE LÉON


Yellowstone

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Le feu crépite doucement. Le poêle monte en température. Le fauteuil club en cuir aux coussins nourris à la plume de canard accueille avec tendresse ma fatigue et mon bonheur. Le calme et la sécurité règnent en maitres incontestés. Les chiens, affalés devant le feu ont entamés leur habituel concours de ronflement…

Tout est propice à l’endormissement ou au visionnage d’une de ces excellentes séries américaines dont la toile est emplie sans que jamais la moindre araignée ne vienne les manger. 

Celle dont j’aimerais vous parler car vous vous doutez que je ne vous ai pas invités pour vous dire que je m’endormais sans retenue, celle-ci donc se nomme « Yellowstone ».

Yellowstone ! Les grands espaces, l’aventure, la conquête de l’ouest, les pionniers !

Pour tout vous dire sans rien dévoiler ; 

De l’espace ? John possède le plus grand ranch du Montana et des Etats-Unis d’Amérique, quatre mille kilomètres carrés, de quoi passer de belles journées de camping.

Mais John élève des vaches. Enfin lui et ses cowboys les déplacent, les perdent, ils sortent l’hélicoptère, les camions géants, les chevaux, les quads pour parvenir à les retrouver et ils y parviennent.

De l’aventure ? Les cowboys qui vivent dans ce ranch ne se reposent jamais. Il ne se passe pas une journée sans un drame absolu nécessitant la prise de décisions irrémédiables et sacrément illégales.

De la conquête ? Elle a déjà été menée à bien il y a cent trente-deux ans par les ancêtres de John (bien sur ce chiffre s’accroit avec chaque saison) mais là également, pas une journée sans que des meutes de loups tous plus humains les uns que les autres ne parcourent les plaines et montagnes assoiffés de sang et de conquête, justement.

Des pionniers ? Ça, et bien, il n’y en a plus mais tous en descendent.

Voilà, le décor est planté. 

Ajoutez des montagnes aux sommets enneigés là où vous le souhaitez, même si je vous conseille de les poser plutôt de chaque côté des vallées, ce qui facilite les communications. 

Mettez encore une rivière qui sillonne au fond de ladite vallée et vous avez le ranch. Précisions que personne jamais ne s’intéresse aux aspects magnifiques du paysage. Nous ne sommes pas là pour ça.

Car ils sont là pour tuer. Tous et tous ceux qui ont ne serait-ce que l’ombre d’une intention qui pourrait nuire à la famille. Les indiens, les femmes, les enfants, les animaux, tous ennemis, à un moment ou à un autre.

Kevin Kostner, en maître des lieux ne s’abaisse même pas à dire qui doit rejoindre la gare, oui la gare, ses hommes lisent dans ses yeux lorsque l’heure de traiter tel ou tel adversaire est venue.

Kelly Reilly qui campe son rôle d’alcoolique diabolique à merveille a pris quelques kilos depuis les films de Klapisch, mais rassurez-vous personne ne l’égale dans la haine, la violence, la manipulation ou quelque autre forme du génie humain en matière de torture morale ou physique.

D’autres acteurs moins connus accompagnent Kevin/John dans son délire de mâle dominant. 

L’un de ses fils, de retour de la guerre est quelque peu marqué par les évènements qu’il a vécus, mais c’est à peine visible. Tout de même un détail nous rappelle son état car s’il ne tue pas quelqu’un à chaque épisode, on sent bien que quelque chose lui-manque. 

Un autre de ses fils, trop faible pour être cowboy est devenu avocat, la honte. C’est avec lui que tout un chacun commence à comprendre le message de la série, enfin, croit-on.

Bien vite, sa sœur le traite de gay non assumé tout en lui indiquant combien il est mou, pleurnichard, pleutre et criminel et que tout bien considéré il ferait mieux de se suicider (si !). 

C’est vrai qu’il est tout cela, sauf gay, cela nous ne le savons pas encore… mais faire comme si de telles qualités humaines constituaient les habits traditionnels d’un gay ne nous fait-il pas sombrer dans l’hérésie en ces temps de refonte spirituelle ? Mon Dieu.

J’abrège, car le temps passe, mais dites-vous bien qu’à chaque fois qu’apparait un personnage non encore connu… il va y avoir des morts.

Ainsi donc, John veut garder son ranch et d’autres (les indiens aussi, les pauvres) veulent lui prendre.

Mais John est John et John va tuer, réduire en jus d’homme tout ce qui va essayer de lui enlever la moindre parcelle de sa terre.

Voilà. J’en suis à une saison et demie, il y en a pour l’instant cinq. 

Cela fait donc désormais cent trente-sept ans que le ranch est dans la famille de John pour ceux qui ont suivi…

Je sens que la pression monte, que pour l’instant je n’ai rien vu et que les méchants qui déferlent tel un tsunami sur une plage thaïlandaise n’ont qu’à bien se tenir.

Pour les plus anciens qui se souviennent de Dallas dans les années mille neuf cent quatre-vingt laissez-moi vous dire qu’il s’agissait d’un bal de communiants et communiantes comparé à Yellowstone.

Mais les vraies questions sont toujours les mêmes et je vous les pose. 

Pourquoi les américains donnent-ils toujours la même image épouvantable de leur pays ? Et …. Pourquoi regarde-t-on cela avec délectation ?

Je vous laisse supputer tranquillement de votre côté. 

Quant à moi, j’y retourne. John est en colère et nom d’un pétard, ça va barder.

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