Je croisais Pam lors de mes divagations urbaines, de celles vers lesquelles parfois mes pas m’emmenaient au hasard des rues, des parcs et des architectures encore inconnues que j’observais avec curiosité.
Je flânais sans intention, tout en feignant l’indifférence que tout homme fier de son état et sur de sa valeur se doit d’arborer en présence de congénères de l’autre sexe qu’on dit faible, bien à tort. Ou bien il aurait fallu considérer l’attirance magnétique de nos égales bipèdes comme insipide ou négligeable, ce qui ne pouvait être.
Alors que je croisais l’espace d’un instant, à chaque nouvelle intersection de rues toujours plus étroites, le regard de femmes toutes différentes, grandes ou petites, élégantes ou négligées, belles ou moins belles, elle allait altière, hautaine presque, le buste campé au plus haut de l’interminable compas mouvant de ses jambes élancées.
La marche forcée et le rythme athlétique, elle faisait chavirer quelques têtes masculines et d’autres, féminines et envieuses, aussitôt admissibles au torticolis vespéral le plus douloureux.
Ce sont de ces femmes qu’il faut commander sur mesure, tant il est improbable d’en connaitre une si haut placée en ne comptant que sur la générosité de la nature. Je savourais mon bonheur d’avoir été placé sur son chemin et me souvenant que je la connaissais d’aventures anciennes qui ne m’avaient pas permis de pousser mon avantage, je la hélai d’une voix dans laquelle j’essayais de concentrer toute ma masculinité sans jamais tendre vers le grotesque. C’est ainsi que jadis, les hommes de mon âge raisonnaient me faisait-on remarquer. Car sans m’en rendre compte, avec le temps, j’étais devenu une caricature de ce que les femmes jeunes d’aujourd’hui nommaient un homme à déconstruire, ridicule et parfois grotesque.
Pour tout dire j’étais un fat, de surcroit fier de l’être ce qui ne manquait de tendre irrépressiblement vers le pléonasme. Mais je n’en avais cure, assuré que j’étais de l’irréfragable attirance que mon comportement engendrait. C’est dire le point culminant d’arrogance que j’avais atteint.
Hello Pam lançais-je à la façon désinvolte des britanniques alors qu’elle n’était ni du Royaume dit Uni, ni en mon souvenir, polyglotte. J’étais prêt à toutes les mascarades pour paraître plus haut que je n’étais et venais d’en apporter la preuve. A la façon dont elle me répondrait, me dis-je in petto, je saurais si elle m’avait à jamais rangé dans le placard des importuns où si, par chance quelque chose en moi ne l’avait pas laissée indifférente.
Hello Marcel, répondit-elle avec ce que je choisis de prendre pour de l’entrain. Même si, simultanément, je décidais de ne pas lui signifier que je m’appelais André et non Marcel afin de ne point l’embarrasser. Aussi, je pris plaisir à ne retenir de ce bref échange que la petite victoire qui l’avait entrainée à me répondre sur le même ton que le mien.
Mais déjà elle s’était esquivée, emportée par le tourment de la foule, vers d’autres épopées dans lesquelles je n’avais pas ma place. Pas encore me dis-je, éternel optimiste ou piteux aveugle, je ne saurais dire.
Je vis sa jupe flottante qui peinait à la suivre entourer son mollet, avant de disparaitre à son tour.
Je me concentrais sur quelque mascaron de pierre situé au faite d’une lourde porte de bois qui faute de me parler n’aurait en tout cas pas l’audace de m’humilier…
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