LES LETTRES DE LÉON


Conte de Noël

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J’aurais pu si je l’avais souhaité vous narrer que ce conte racontait la vie du Comte de Noël… Cela eut été court aurait-on dit à l’époque où se tenait l’action des présentes. Vous m’en auriez voulu d’autant de prétention et brièveté dans la narration. Aussi, je remets à demain l’idée de m’en tenir à ces quelques mots. 

Je vous les présenterai à nouveau lorsque je serai célèbre et reconnu et qu’alors, à la simple évocation par moi des horaires des chemins de fer, des femmes pâliront d’émoi dans des salons tapissés de soies chatoyantes et où crépiteront de rassurants feux de bois en des cheminées de marbre.

Mais puisque ce temps n’est point et que seul mon chien se pâme d’amour lorsqu’il me voit, force m’est de vous inventer une histoire de Noël qui, je l’espère, vous distraira un instant de l’ironie vicieuse de ce monde.

Alors voici….

Je m’appelle Geppetto diminutif du prénom Giuseppe, sans que je sache bien encore en quoi ceci constitue un diminutif de cela, mais bast, nous sommes dans un conte. 

Je suis menuisier et italien, toscan plus précisément. Je suis pauvre et ma chaumière froide en hiver est peu accueillante. Pour gagner davantage et parcourir le monde en fréquentant les foires, je crée une marionnette de bois que je nomme Pinocchio, pour l’humilier probablement. Elle prendra vie, connaitra de nombreuses aventures avant de …. Attendez, attendez, je me demande si quelqu’un ne s’est pas déjà essayé à cette thématique de conte. Je doute et me retire.

Soit. 

Alors voici…j’ai d’autres contes dans mon sac.

Je m’appelle Joseph, je suis charpentier et fils d’Israël. Alors que j’allais gaiement de foire en foire vanter les mérites de mon savoir-faire et de retour en mon logis, une vieille masure que je rénove comme je peux,  j’apprends que ma femme Marie est enceinte; de Dieu. 

Je ne vous cacherai pas et je m’en repens que ma première réaction fut de lui dire qu’elle allait voir de quel bois je me chauffe. Mais devant l’éternelle réticence que les charpentiers ont toujours à bruler du bois je choisis de la croire, alors même que personne ne m’y obligeait.

Passée la surprise, lorsque, forcément secoué, un peu aigri, je raconte cette histoire à mes amis à la taverne ceux-ci se rient de moi. 

– Tu mens, me disent-ils. 

– Tu mens tant et tellement que ton nez s’allonge. 

Il est vrai que de mémoire d’homme aucune épouse encore n’avait prétendu attendre de Dieu un enfant qui advint un matin à Bethléem.  L’enfant divin est entouré d’un âne, d’une vache, de quelques bergers, de Marie bien sur. J’accueille cet enfant, emprunté mais continuant a faire crédit à mon épouse… avant que de disparaitre avant ses douze ans pour ne plus…. Attendez, attendez, cette évocation de Noël n’aurait-elle pas déjà connu une évocation antérieure? J’ai un doute et me retire. 

Soit. Mais enfin…

J’aurais pu vous narrer ce qu’il advint de Joseph après les douze ans de Jesus alors que les écrits officiels l’oublient irrémédiablement. 

J’aurais pu vous dire comment, abandonné de l’amour des siens, il embarqua, par un clair matin frileux de janvier sur un esquif à la voile carrée striée de rouge et de blanc. Comment il rejoignit le grand port de Tyr alors insulaire, plus loin en Phénicie, puis fendit les flots, passa les colonnes d’Hercule, fut chahuté sur le grand océan pendant des mois et des mois encore avant d’échouer son transport sur une côte hivernale glacée.

J’aurais pu encore vous dire comment il rencontra une femme brune vêtue de peaux de loups. Pieds agiles, peau brunie elle l’accueillit et lui donna un enfant qu’il nomma Marcel, car désormais il ne voyageait plus jamais de foire en foire sans son épouse. Je vous aurai précisé comme il appréciait que les Dieux de ce côté des flots aient loisir et joie à respecter les femmes des humains.

Je vous aurai fasciné en vous relatant jour après jour son ascension sociale en tant qu’exploitant forestier dans ce pays qui n’avait pas de nom encore mais qu’un franc égaré plus tard appela Québec en hommage aux algonquins.

Oui, j’aurais pu mais quelles critiques j’aurais reçues.

Alors voici, à nouveau nous célébrons Noël, ses croyances contes et légendes. 

J’avais choisi d’évoquer la forêt, le bois, les artisans du bois qui sous toutes leurs formes emplissent nos contes d’hier et de demain, jusqu’aux pâtissiers et glaciers et leurs buches qui bientôt raviront vos palais….

Joyeux Noël!

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