LES LETTRES DE LÉON


Modernité

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Il se fait que je déguste un fier « Bourgueil » bien frais dont la descente en culottes de velours dans mon gosier me ravit. Et ceci, je le fais en usant mon temps au visionnage de « Nautilus », la nouvelle série projetée sur l’écran des espoirs francs par France 2, la télé qui sent si bien les mouvements profonds de notre société. Et qu’y apprends-je? Que le Nautilus fut construit par la société des Indes orientales par de vils blancs calculateurs aussi méchants et bêtes que leurs grimaces le suggèrent. Et qu’apprends-je derechef en dérivant sur le ruisseau de Sainte Curiosité? Que le Nautilus fût imaginé par un indien (pas un indien d’Amérique, non, un indien d’Inde) qui après avoir tout créé (si !) le vola aux immondes blancs britanniques sans omettre d’en kidnapper quelques spécimens pour montrer au peuple comme ils sont hideux et ceci, afin d’en faire un sous-marin vengeur des peuples opprimés. Bien, bien, bien.
Ce que France TV présente dans ses réclames en sonnant la trompette de l’orgueil par le truchement de cette belle mise en valeur : « Jules Verne mis à l’honneur sur France TV ».
Bien, bien, bien.

Après cela et avoir guéri mon insuffisance pancréatique post vomitive, je regardais sur Canal+, le premier épisode (car je ne pus aller jusqu’au suivant) de « A gentlemen in Moscow » avec Ewan Mc Gregor dans le rôle du gentleman incarnant un Prince russe, sauvé de la mort par son ami membre du Soviet Suprême en 1917 qui, pour lui éviter de disparaitre parvint à convaincre les autres membres du bureau criminel de l’incarcérer à vie dans un palace hôtel, place rouge, Moscou. 

Un clin d’œil intéressant, un déroulé amusant puisque dans cet hôtel volontairement laissé accessible aux occidentaux afin qu’ils continuent à négocier avec les révolutionnaires russes nous voyons la révolution s’étendre, grandir tout en négociant une sorte de statu quo avec les occidentaux.
Jusqu’ici, tout allait bien. Jusqu’à ce que l’ami de notre Prince se fasse connaitre de son nom, Sacha, bien, il est russe, d’accord, puis de visu. Et là, merveille des habilleurs d’histoires de Hollywood, voici que Sacha est noir. Noir et au Politburo de la Russie bolchévique en 1917, l’un des pays qui à cette heure encore demeure l’un des états les plus racistes au monde.
Mais comment diable cet honorable Sacha a-t-il pu; faire oublier aux russes sa couleur de peau, les convaincre du bien-fondé de ses opinions? Mais comment donc cet homme manifestement africain est-il arrivé là au cœur de l’hiver glacial ?

Heureusement et afin de rafraichir ma mémoire historique surchauffée, j’ai également visionné Franklin, la série du moment sur Canal+ qui nous narre les aventures de Benjamin Franklin en France pendant les huit ans qu’il y passa à convaincre le roi d’aider l’Amérique dans sa lutte contre les anglais. 

Bien, bien, bien.

Un soir, ou peut-être était-ce une nuit, voici que Benjamin rencontre le/la célèbre Chevalier/ère d’Éon qui nous apparait ravissant/e, habillé/e d’une robe de soie et de pierreries, le visage mangé par une barbe de trois jours agrémentant sa féminité ouvertement reconnue. Et alors que cette rencontre et le dialogue qui suit ne changent rien ni même n’apportent rien à l’action et nous sont donc offerts gratuitement sans autre objet que nous dire; As-tu vu comme nous osons être modernes, alors disais-je, voici Benjamin qui s’isole avec le/la chevalier/ère et lui dit: Mais qu’êtes-vous donc? Et le/la chevalier/ère sévèrement de lui répondre en 1780 (pas la semaine dernière, n’est-ce-pas) : « Je ne crois pas qu’il existe encore de mot pour décrire ce que je suis… ». Après une larme d’émotion, je me dis que décidément, c’est beau comme une publicité de lessive.

Alors voyez-vous, je me mets dans les chaussons de nos héritiers qui possèdent 500 mots et dont leur connaissance de l’histoire prend fin là où a commencé le rap, c’est à dire il y a vingt-cinq ans ou au mieux, pas avant qu’ils ne soient nés, seule source de leur inspiration. Jules Verne from Bombay, les russes, amis de l’Afrique, Benjamin Franklin curieux de l’avenir trans LGBTQIA+ et toutes ces sortes de lettres bientôt insuffisantes. 

Je suis pétri d’admiration et anxieux (après avoir utilisé à tort excité sous toutes ses formes inappropriées, je suis étonné que anxieux ne soit pas à son tour utilisé par nos amis décellulgrisés dans son sens américain, mais passons). Anxieux donc de voir les trois mousquetaires esquimaux écrit par un scénariste Groenlandais dévoreur de phoque, le comte de Monte Christo au Sénégal etc. etc… 

Entendons-nous bien, je n’ai rien contre les indiens, noirs, beiges, verts ou êtres de toutes obédiences.
Mais simplement, cela vous ennuierait-il d’inventer vos propres histoires sans massacrer celles qui nous accompagnent depuis toujours ? 

Allez-vous être obligés en littérature, comme en musique de piller le passé pour nous faire croire à de la création ?

Allez, bonne continuation dans votre magnifique campagne d’abrutissement des masses qui n’en avaient vraiment pas besoin. Là-dessus, je vais reprendre un peu de Bourgueil de Sidi Bel Abbés, le meilleur.

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