LES LETTRES DE LÉON


Amours insolubles

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L’envie d’aimer souffle en Mistral puissant sur mon visage balafré de rencontres inassouvies. Bras tendus, paumes ouvertes, je laisse les airs rafraichir mon corps et caresser ma conscience. 

Aurai-je assez d’une vie pour assouvir le manque, emplir les interstices de ma vie du doux cocon de la fusion des regards qui s’entendent sans un mot?

Essayer, essayer encore, n’abandonner jamais, plaire et être conquis, laisser son esquif voguer au gré du courant de la vie. S’échouer au bord d’une rivière dont les galets roulés et ronds flattent les pieds nus. Des roseaux se courbent comme pour s’abreuver, bruissent doucement, leurs plumeaux duveteux frémissent dans l’ombre croissante de la nuit tandis qu’à l’opposé le soleil, pour quelques instants encore darde quelques faibles rayons d’un été couchant. Les mains croisées derrière la tête, allongé dans l’herbe sèche comme un Gavroche échappé de la ville, les yeux vers les étoiles qui peu à peu piquent le ciel assombri et mon imagination, j’invoque, flottant au-dessus de mon existence, celle qui arrêtera sa course, pour enflammer mon destin.

Je l’espère de la seule beauté qui fige les sangs, indescriptible, inqualifiable, si propre à chacun qu’elle en est unique à jamais et qu’on nomme le charme. Cet état qui, sur l’être convoité associe la beauté de l’âme et l’esthétique et qui fait chavirer le navire après que de l’avoir agité. 

A l’occasion rousse à s’en blesser les yeux, autrement brune, d’une chaleur incandescente et sous-jacente, pâle et transparente, halée comme les blés avant qu’on ne les coupe. Rien n’importe davantage que cette union des contraires, que l’étincelle crépitante dans le regard qui vous enveloppe et vous isole un instant des mondes environnants.

Transporté à la terrasse d’un café méridional, je tends la main, agite les doigts en un signal discret de rapprochement. Sans pudeur, je tente d’exhiber une supposée finesse intellectuelle tout en masquant les reliefs d’une séduction physique toujours à son plus bas. Puis je me lasse de mes vaines ambitions ridicules, je baisse la garde et laisse transparaitre sans y penser l’homme que je suis devenu au fil du temps distendu. 

Alors, assis sur une chaise de rotin fatigué, glissé dans un costume de lin bleu-ciel furieusement italien, Weston aux pieds nus, un homme déjà vieux observe passer les jolies femmes sur le boulevard piétonnier dont les arbres projettent une ombre désaltérante. 

Ses cheveux blanchis coupés court trahissent l’homme dont le passé plus riche que l’avenir peine à s’effacer pour laisser encore des sentiments le surprendre. Il se redresse un peu et par honnêteté, lucidité aussi sans doute il ne laisse plus ses yeux chercher ceux de femmes trop jeunes. 

Puis il sort ses crayons, ses papiers réunis en carnets, ouvre une page neuve, se concentre un peu et invente celle qu’il aime. Il puise dans le théâtre de ses sentiments ces caractères si particuliers qu’il sait pouvoir l’entrainer. Puisque son champ est libre, toute barrière abattue, il la dote des atours les plus émouvants, imagine le champs électrique autrement imperceptible qui tend un arc de feu lorsque leurs mains s’approchent. Et puisqu’enfin il est seul maitre de son destin, il serre sa main et l’emporte, vivre ce qui reste d’insouciance.

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