LES LETTRES DE LÉON


Battu par les flots

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Nos amours mort-nées cinglent endiablées sur des flots rugissants où les vents méchants rivalisent en intensité avec l’obscurité cruelle. Je crains tellement de sombrer que, toutes voiles abattues, je lutte trempé d’embruns, ici et là, sans effet, contre le prévisible naufrage d’une histoire qui n’aura pas lieu. Enfin, prostré puis avachi à l’extrémité de la proue qui la représente, inondée et là où frappe la colère, je vis le rêve des tourments qui agitent mon esprit désuni. 

Qui l’emporte? Tristesse, colère, peur, désenchantement? Une marée dévastatrice ravage mon esquif, le renverse, le roule et me crache nu, écorché, pitoyable sur la grève aux galets tranchants. 

Au loin, les furieux brisants aiguisés laminent mon navire ballotté et finissent par écarteler son corps torturé.

Echoué sur la plage où règne en déesse indomptable la solitude, mes mains se tendent involontairement vers une absence redoutée qui pulvérise mes rêves de communion amoureuse.

Qui es-tu seul, homme, alors qu’à deux, déjà, tu es si peu? Mais au moins, avec elle, en te haussant un peu du col tu parviens à hisser la tête dans les cieux enivrants auxquels la solitude t’interdit de rêver.

Je reprends mon souffle, yeux fermés, lorsque la rage et l’anéantissement de l’espoir me saisissent. J’insulte l’homme que j’habite en cette vie qui malgré l’adversité fait son office. Je le rends coupable de l’échec de mes espoirs, le traite de laid, d’inculte, lui reproche son absence de finesse, son intelligence limitée, bref, je souffre d’elle. Un mauvais air emplit mes poumons, s’infiltre dans mon sang, pollue mes organes et je l’extirpe de mon être avant de suffoquer et cracher mes regrets. 

Autour de moi, si les cieux se sont enfin calmés, tout n’est que désert, désolation, vide. Le soleil revenu frappe de ses atomes des rochers épars comme autant de rêves passés de vie à trépas, inertes, abandonnés. J’entends au loin de vieilles voix connues qui me disent de me battre, de reprendre vie et conscience, de ne pas abandonner. Elles s’éloignent peu à peu, puis disparaissent lassées sans doute de se répéter. Je me lève avec difficulté comme un cul-de-jatte se hisse sur sa triste carriole diabolique et je contemple, au plus loin que je peux, mon nouvel univers.

Alors tel un Sisyphe de l’émotion, ou peut-être un phoenix dont les cendres sont le terreau de sa renaissance, je décide de reconstruire encore et toujours un univers où l’appel des sens l’attirera dans mon intimité. Piètre connaisseur de la femme, collectionneur d’échecs, je bâtis et j’améliore, enfin je crois et j’attends que la tempête choisisse une autre victime. Car je sais, que lorsque le ciel explosera de ce bleu qui seul rivalise avec celui de ses yeux, l’espoir changera de camp pour que je l’affronte et le dompte.

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