Dans les champs du bonheur et du plaisir la cerise éclate sous mes dents et son jus, doux comme le baiser de la femme aimée, s’en échappe avec malice au travers de mes lèvres.
La tendre framboise embaume la cuisine dès que du jardin je l’ai rapportée, encore chaude du soleil qui la caressait mais sa main, mon amie, vient en chiper quelques unes, aussitôt disparues que je retrouve bientôt sur ses joues rosies de plaisir.
Les arbres au printemps s’enflent de feuilles chaque jour plus charnues, d’un vert nourricier et couvrent d’ombre les chemins qui sinuent dans les collines revigorées tandis qu’elle chemine devant moi dessinant mon allégresse de sa croupe mobile.
De hauts tournesols parent d’un or végétal des parcelles entières de terre autrement stérile et saluent à la ronde l’amoureuse fascinée par autant de jeunes soleils terriens doucement mobiles.
Au détour d’une piste enherbée, un chevreuil s’arrête, frémit du haut de ses longues pattes, de son museau humide qu’il tend vers elle au bout de son cou soyeux. Il observe de ses yeux trop grands les miroirs d’ambre noire de ma sicilienne avant de bondir au loin en quelques enjambées.
J’emplis deux verres de cristal d’un velours d’Angelus carmin qu’elle porte à son nez et goute avec délicatesse alors que jamais aucun parfum d’un grand vin n’osera égaler les senteurs de sa peau, au réveil, aux essences mêlées des chaleurs de la nuit, quand le bonheur de la revoir inaugure une nouvelle journée.
Assis dans l’engin pensé tel un chef-d’oeuvre je roule, vite et même avec précision les arbres élancés de chaque côté de la trace noire du bitume s’effacent avec rage et appréhension. L’absurde frisson qui à chaque courbe me rapproche davantage du Valhalla hérisse mon échine, affute mon regard, accroit ma perception de la réalité tandis que je vole vers elle à une distance millimétrique du sol, à chaque instant plus proche de ses bras et de ses lèvres.
Le train essoufflé s’éteint au bout de la voie dans un fracas d’acier et de graisse malmenés, les portes claquent et s’ouvrent, je l’attends, impatient depuis longtemps déjà. Je distingue un à un les passagers qui sortent, pressés de retrouver les leurs. Quand elle surgit, trottant sur ses chaussures hautes, un sourire large sur sa bouche, les bras chargés, ma respiration s’éteint comme à chaque fois, comme lors de notre rencontre, plus fort encore sans doute. Alors qu’elle avance, un épais brouillard de cinéma l’enveloppe et les autres s’y perdent tandis qu’elle progresse telle une Aphrodite que j’aurais faite mienne. Lorsque nos mains se touchent et que nos corps se pressent elle ne dit rien, je ne dis rien.
Mes doigts impatients courent, insatiables et s’envolent, glissent sur sa peau bistre dans le fin duvet sur sa nuque sous ses cheveux denses comme une jungle ardente. Ma main impudique, creuse ses reins, s’échappe et conquière des contrées sismiques que je n’ai pas à décrire.
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