De fines gouttes coulent avec lenteur à l’intérieur de mes yeux, le long du cristallin, déformant ma vision. Pas de ces miettes de larmes si lourdes qu’elles vous aveuglent, non. Ce sont gouttes si fines qu’elles embrument vos sensations et abiment votre âme, oh si peu en vérité, tel un gant d’acier qu’on frotterait doucement sur une plaie, ouverte, sensible, si douloureuse et persistante.
Je traîne un manque qui subsiste depuis des semaines et des mois alors que rien jamais n’a véritablement existé, comment cela est-il raisonnablement possible? Un rêve peut-être, une intention sans doute qui s’était posée là légère comme le papillon multicolore dont la vie n’imprime ni trace ni regret. De regret, aucun, de traces, mon corps en est zébré. De ces traces invisibles bien vite imprimées par les démons imbattables d’une destinée contraire.
J’enfouis mon visage dans la coupe douceâtre que forment mes mains réunies dans l’espoir naïf et renouvelé qu’elles calment mes attentes, guérissent cette absence. Je l’ai fait si souvent pourtant que je n’en attends rien, je n’attends rien, je n’attends qu’elle, elle, qui ne vient pas. J’ouvre les yeux dans le noir imparfait de cette coque obscure et je vois. Je reconnais sans le voir l’ovale parfait de son visage étourdissant dont j’ai cru autrefois qu’il était inventé pour moi, ce frêle et naïf oiseau de nuit.
Son image s’est fanée, mais son image seulement car le souvenir en demeure vivace et je détaille de mémoire chaque grain de sa peau que je pourrais décrire tant ils diffèrent, mais soyez rassurés, je vais vous épargner, tant je sais que loufoque est celui qui aime et noie ses amis des débordements de sa folie.
J’en appelle à mes souvenirs enfouis et là voici qui parait. Elle essaie de nouveau d’être laide pour me dissuader, n’y parvient pas, grimace, m’ignore, s’agace et je ne le vois pas. La lumière qui l’inonde des lueurs embrassantes que j’ai convoquées enflamme ses cheveux si sombres, fait bruler un inextinguible feu au fond de ses pupilles de jais, dilatées. Elle s’oublie, entrouvre ses lèvres fines découvrant ses dents si blanches que j’ai goutées un jour, lointain, dont le goût, jamais oublié est enfoui, protégé dans une caverne enterrée de ma mémoire qui lui est dédiée désormais.
Je virevolte un peu autour de l’émotion que procure la douceur inégalée de sa peau que je perçois du bout de mon coeur posé devant elle et qui palpite, fort, en vain.
Avant que de le remiser dans son réceptacle inutile et sans partage je me demande encore pourquoi c’est elle et elle précisément qui se refuse à moi que le charme et l’attrait physiques ont délaissé et dont seuls les mots parfois émeuvent. Je mesure les limites de la force d’un sentiment qui s’il jaillit à chaque occasion ne crée pourtant de rivière que si l’autre s’assoit au bord de la rive.
J’ouvre mes mains et brise le charme, son image s’évanouit comme mes espoirs, refoulés et bien rangés dans un endroit suffisamment facile d’accès pour qu’à nouveau sans renoncer je les laisse s’échapper quand mon coeur battra plus fort.
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