L’essence de ma vie venait de se poser avec légèreté au bord d’une rivière calme qui sillonnait dans les tournesols lorsque je repris mes esprits et constatais, que d’esprit précisément, il ne me restait que cela.
Mes doigts devenus cristallins perçaient mon bras sans effort ni douleur. De mon corps ne demeurait que son enveloppe purifiée, doucement lumineuse. Le reste s’en était allé comme l’amour qui chaque jour s’érode avant que seul son souvenir ne subsiste.
Je me levais avant de m’enfoncer un peu dans le sol herbeux et je dus apprendre à mouvoir mon esprit pour le diriger dans la direction idoine. Je m’approchais du gave bruissant, me baissais et trempais ma main dans l’eau sans que celle-ci ne se trouble ou dévie. Toute sensation corporelle allait-elle m’abandonner? Il me sembla que oui lorsque je vis les arbres se plier dans le vent dont le souffle était ignoré de ma peau.
Mes émotions elles-aussi avaient diminué d’intensité. Tout comme mes sens, elles s’étaient atténuées et muées en spectatrices insensibles d’un avenir inconnu, ni douloureux, ni effrayant au travers duquel je passais désormais en spectateur pour l’instant.
J’étais apaisé, reposé, béat sans doute tandis que de longues ondes de paix traversaient ce que je n’osais plus appeler mon corps.
Je me mis à tourner sur moi-même, désireux de découvrir ce qui m’entourait et découvrais une large vallée sans fin, couverte de cultures volontaires ou spontanément ordonnées par une nature disciplinée.
Au loin, une large haie de chênes anciens frottait les quelques nuages bas et lourds que le ciel s’était autorisés. Une branche plus longue que les autres déchira l’enveloppe grise et une pluie brutale s’abattit d’un coup sur les sentinelles feuillues de l’horizon. Elle ruissela doucement puis enfla en un ruisseau bientôt grondant vers la rivière qui emporta cet excès spontané d’eau nourricière au loin, au delà de l’horizon.
Je cherchais quel astre répandait la lumière d’été dont la chaleur devait être douce à la peau, mais où que je regarde, aucun soleil ne brillait dans le ciel et je dus me résoudre à accepter qu’il n’y en avait pas tout en m’habituant à trouver cela normal.
Alors que je m’éloignais du cours d’eau sans but précis, le ciel se zébra soudain de vertigos roulants et tourbillonnants qui bientôt formèrent les cinq lettres du mot Amour.
Bien que serein, j’observais avec surprise la lettre « A » dressée comme une tour de défense du reste du mot. Le « m » arrondi de sensualité devançait dans l’espérance le « o » de l’union des corps suivi du « «u » du repos des amants avant que ne roucoule doucement le « r » de repos.
Je n’étais pas seul et me souvenais soudain de cette fable d’un dieu puissant en charge des esprits après l’usure des corps. Les lettres flottaient dans les cieux, se gonflant les unes après les autres comme pour attirer mon attention déjà au paroxysme de l’étonnement.
Je progressais un peu, au hasard, lorsque je sentis une présence qui si elle me ressemblait n’en était pas une mais je percevais avec insistance un frémissement perceptible de l’atmosphère. Je me retournais et je la vis tandis que l’émotion jusqu’alors inexistante me submergeait comme le voile recouvre soudain les sentiments. Ses longs cheveux obscurcissaient son corps jusqu’à ses reins alors que ses yeux de carbone liquide riaient un peu, de mon étonnement sans doute. Je l’avais reconnue bien sur, comment l’ignorer, elle qui de tout temps immémoriaux s’était refusée à mes sollicitudes les plus hardies. Voici que je la trouvais ici dans ce monde dont j’avais perdu la clé. L’avais-je imaginée? Etait-ce le fruit de mes espoirs? A qui ou quoi devais-je tout ceci que je savais ne pas être un rêve?
Tout comme cette première fois où je l’avais vu traverser ma vie en courant dans les champs, avant que je n’enquête pour la retrouver, je fus empli d’un puissant désir de l’aimer de nouveau. J’abandonnais de savoir comment ou pourquoi j’étais ici. Etais-je mort, ou mort après ma mort?
Je décidais que peu importait car le monde s’écroule autour de toi lorsque celle que tu aimes parait et t’enlace de ses bras attachants.
Je m’approchais d’elle, si près, tout près et fut saisi d’une chaleur céleste lorsque ses yeux rencontrèrent les miens et que nos enveloppes avides fondirent en une seule entité dans un puissant éclair de lumière.
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