Bonjour à tous et surtout, bonjour à toutes mes admiratrices. De par ce vaste monde et bien au-delà au besoin.
C’est Saül. The Saül. The one and only.
Que vous soyez chienne, humaine, ragondine, paresseuse ou même chatte (non, chatte tout de même pas). Bref que vous soyez une animale à sang chaud et à cœur palpitant, soyez bienvenue.
Si vous êtes de même espèce mais côté masculin, soyez heureux d’être ici également mais sachez que nos rapports seront plus distants.
Je l’affirme haut et fort je suis un chien hétérosexuel. Je sais c’est courageux de l’annoncer ainsi et sans détour. J’y ai beaucoup pensé et je sentais bien que je n’étais pas heureux, avant. Maintenant je me sens léger, comme libéré d’un poids, je vais enfin pouvoir lécher la main de mon maitre sans arrière-pensée et fréquenter des bars « tristes » où l’on se réunira, tous coiffés de même manière, harnais Marcel à l’unisson.
Que cela soulage. Tant pis pour les conservateurs, les catholiques traditionnalistes et toutes sortes d’organisations réactionnaires, mais mon cœur a parlé et vous n’y changerez rien.
Je suis un chien dans la force de l’âge, conçue pour plaire au sexe opposé que l’on dit beau, mais pas uniquement.
Je suis même un champion, pattes avant longues, fines et tendues, pattes arrière charnues, musclées et propices à la détente. L’œil humide et caressant, la truffe inquisitrice, je suis l’élite de ma race, l’exemple à suivre, si seulement certains le peuvent.
Je file tel le vent, nez au sol, aboiement rauque de circonstance, je poursuis le chevreuil dans le maïs que j’effraie à grands coups de mes sauts allongés.
Je pourfends la brume, couche les ronces, je taquine le gibier jusqu’à l’épuisement, le sien, car le mien ne survient opportunément qu’à la fin de la mission.
Alors je m’arrête, tends une dernière fois mon cou puissant vers les cieux pour humer les quelques surplus de senteur dont la nature m’honore. Les oreilles longues, extra-longues et soyeuses, allongées vers l’arrière, je roule un peu des yeux dans une posture théâtrale à la « Harcourt » dont je raffole et qui marque la fin de la chasse. J’attends la photo ou bien la vidéo, c’est au choix.
Inutile de vous confirmer combien j’affole la gent féminine que je ne manque jamais d’inviter à l’étalage de mes talents.
Le soir avec mon maître, lorsqu’il m’emmène côtoyer la graine humaine au village, je sais l’effet que produit mon apparition autant que mon apparence.
Béret coquin posé de travers sur mon crâne fuyant, moustaches cirées de frais et brillantes je déambule, feignant l’ennui, mais non indifférent à ces quelques chiennes qui se pâment avant de s’évanouir à mon passage.
Ne connaissant pas la discrétion, pour que faire ? je les enrichis d’un regard calculé avant que de m’approcher pour les aider à retrouver leur odorat. Peine perdue, la plupart d’entre elles, me voyant si proche, retombe dans un état comateux séduisant mais peu propice à l’échange.
J’ai appris à siffloter et m’éloigne en susurrant quelques notes à l’avantage des passantes. C’est fou l’effet que produit la chanson « volare » sifflée par un chien, vous pensez bien si j’en abuse.
Nous nous asseyons à la terrasse du Balto dont le nom, dit-on, nous arrive d’outre atlantique, le patron boit une bière, moi une eau chambrée et nous regardons la vie passer, lentement en prenant soin d’être, l’un comme l’autre, au maximum de charme sinon de modestie.
Puis nous nous lassons. Nous reviendrons demain, comme chaque soir de l’été, pour réclamer, l’espace de quelques instants, notre lot de célébrité.
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