Des profondeurs de l’Enfer que l’on dit impénétrables aux non élus, je surgis, bouffi d’envie de meurtre, enflé de haine, transpercé de ressentiment, imbibé de grotesques contradictions, d’amour et de mépris, de désir et d’envie de tortures subtiles, murement réfléchies. Ma toute puissance jouit d’une liberté soudaine et inattendue dont elle entend bien propager les manifestations dévastatrices jusqu’à son propre écoeurement.
Rien que je sache ne peut égaler en ce moment ultime l’étendue de mon désarroi, l’envie que j’ai de résorber ce qui vit, de lacérer ce qui palpite, de broyer ce qui respire, de déchirer aux atomes leurs électrons. Je cache sans intention ma colère gargantuesque derrière les oripeaux méprisables d’une civilisation humaine qu’en un instant je renvoie aux gémonies de l’histoire, aux haches sanglantes des vikings, aux piques transperçantes des huns assoiffés de conquête.
Je souffre et n’en peux tenir rigueur aux acteurs de ce drame pathétique dont je comprends les raisons et dont les sourires chaque seconde approfondissent les blessures que je me suis infligées et qui se gâtent à l’abris des traitements que j’ai refusés.
Je veux mourir et pourrir, dépérir et déguerpir.
Hélas ceci est mon état depuis des temps immémoriaux, que faire pour m’infliger le Mal que je ne connaisse déjà? Je veux, entre mes doigts que je sais puissants réduire en poussière le granit de notre union dont je savais le feu éteint mais que, par naïveté, résiduelle sans doute, j’imaginais éternel.
Je sais depuis et le bouffon en moi lui aussi s’est éteint, à l’instant. Depuis qu’une âme qui se voulait amicale ou souhaitait finir de m’achever tandis que je gisais à terre, je sais qu’à jamais je l’ai perdue.
J’entretenais depuis des cycles infernaux une subtile illusion, toute d’imagination, d’inventions et de croyances que j’appelais espoir, j’entretenais vous dis-je l’idée d’une renaissance, de la symbiose retrouvée de son âme, belle et de mon esprit, noir, mais fertile.
J’observe mon reflet dans les miroirs de Belzébuth dont le mercure renvoie, sans pitié, l’image de l’enveloppe et de l’esprit de celui qui s’y expose. Je vois cet homme rabougri, tassé, sale et vieux, au visage effrayant, au corps boursouflé et liquide sans pouvoir distinguer ce qui relève de la hideur de mes songes ou de l’usure de mon corps.
Je souffre. J’agonise. Je croyais avoir gravi jusqu’à l’écoeurement les sommets de la peine, avoir souffert le triomphe des blessures jamais refermées, du sang nourricier mais acide qui ronge les intérieurs. Je me trompais. Le roi de ces lieux, lui-même, n’a jamais imaginé tortures aussi viles, un tel assassinat de la volonté.
Je cherche, en tous lieux que je parcourus sur Terre comme en ses dessous, un reste de foi dans mes capacités autrefois étendues dont les restes avariés ne nourriraient pas un chien. J’erre sans objet, ma carcasse tel un poids, mon esprit brulant, débordant, massacreur, car ainsi est l’âme humaine qu’elle se vautre dans la colère lorsque les vents de la raison lui sont contraires.
Je propulse en tous endroits, à la vitesse et au rythme de ma pensée, ma dépouille ailée de noir, enduite du goudron dégoulinant des pêchés capitaux si propices à engendrer le crime.
Ce sont, j’en conviens, manifestations puériles d’un homme éconduit à jamais qui pose son âme pour la laisser lire et accepte enfin ce que le destin chaque jour lui murmurait au visage tel d’infimes embruns glaciaux et givrants que les feux de l’Enfer vaporisaient.
Ainsi, pour l’éternité des temps inexistants ici bas et pour chaque jour nouveau d’illusion que je connaitrai je devrai revivre ce que je t’ai conté. Chaque matin aux lumières artificielles qui viendront éclore mes yeux, je serai transpercé de cette douleur et chaque fois, j’aurai oublié que la veille déjà j’avais tutoyé les cieux de la souffrance. Il est l’heure, prévue, de tenter de dormir avec ces pensées comme autant de cailloux sur ma poitrine qui transpercent jusqu’à mon coeur.
Demain, sans doute j’aurai oublié.
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