Ta main, fine et longue avec ses ongles de nacre, dans la mienne, courte et pataude, je t’emmènerais sur le Pincio, gouter le vent, à Rome. Loin du tumulte de la ville, plus bas, nous écouterions les pins laisser leurs aiguilles glisser les unes contre les autres dans un doux charivari léger comme font deux corps qui bruissent de leurs émotions.
Etendus sous le ciel composé puis renouvelé par d’antiques divinités, les cheveux emmêlés par l’air un peu taquin, nous plongerions dans le frais lac noir de nos yeux réunis afin d’apaiser pour l’instant la chaleur vibrante de nos corps. Tu appartiendrais au paysage naturellement, comme les blés autrefois les couvraient, comme les jardins aujourd’hui les embaument de senteurs méridionales.
Puis lorsque nous aurions envie de descendre de la barque dans nos yeux, nous marcherions ensemble vers le bas de la colline, nos mains plus enlacées que jamais vers la piazza di Spagna. Tu t’assiérais au bord de la fontaine, l’air inspiré des vies passées en ces lieux, les cheveux détachés filant sur tes épaules et ton dos nu, brun, luisant dans la lumière dorée de cette fin de journée. Des romaines jalouses et vêtues de riens te scruteraient des pieds à la têtes tandis que des romains hardis essaieraient de t’approcher puis s’en iraient sous le poids meurtrier de mon regard chargé en taureaux fumants et écumants.
J’immortaliserais dans le fond secret de mon être ton visage lorsque ta main dégage les cheveux qui l’irritent et traine un peu sur ton front. Je laisserais l’émotion m’envahir en parcourant tes yeux et ta bouche de mes yeux et ma bouche les plus légers possibles.
Lorsque le soir viendrait et que tu aurais changé de robe, nous irions chercher quelque endroit magique pour y diner. Une robe dont les divinités penchées sur ta présence, si nombreuses en cette cité se demanderaient elles-mêmes qui pouvait en être l’auteur tant il aurait capturé avec habileté les courbes de ton corps. Je saurais moi, que loin de magnifier tes courbes c’est toi qui donnerais à ces vêtements leur vie propre. Dans les rues animées et pétaradantes certains parfois te parleraient italien, d’autres même sicilien, tant tu appartiendrais à ce pays qui imprime si fort sur ses ressortissants les pigments de sa culture. Tu trottinerais à mes côtés juchée sur d’infinies chaussures, de celles que tu ne porterais que pour m’impressionner et allonger encore tes jambes de sable chaud.
Le maitre d’hôtel, spontanément, nous aurait réservé, sans requête, une table isolée de la terrasse d’où nous verrions chacun tout en restant cachés. Et sous l’épais voile des corps célestes estivaux tes yeux scintilleraient de leur encre nuitée comme de lointaines étoiles brulantes. J’essaierais, pour voir, de me lasser de toi, de résister à l’attirance pourtant irrépressible de ton regard en moi, d’oublier le passage émouvant de tes doigts sur ma peau. Mais je sais bien qu’à la fin je t’emmènerais là où je n’apporterais davantage de précisions tant l’évocation suffit en soit et seule compte l’émotion. Nous dinerions dans les rires et la banalité, les silences, les regards, les mains qui se cherchent, les verres de vin qui si vite ajoutent à l’émerveillement des instants, les uns plus beaux suivant les autres déjà passés. J’aurais le sentiment d’avoir à jamais chaud, de penser comme tu penserais, de ne pas chercher ce qui manquerait pour l’avoir déjà trouvé. Alors nous repartirions vers l’hôtel, toi contre moi car nous aurions un peu froid, nos corps ondulant ensemble dans la rue aux pavés encore chauds, ensemble vers un ailleurs ensoleillé.
Tu viens?
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