Les rais tranchant l’air d’un soleil déjà ardent frappent les rayons d’inox immaculé de la Morgan étendue sur les graves, humides encore, de la nuit évanouie. Dérivant en cercles inégaux au dessus des champs d’herbe parsemés de graminées multicolores, des oiseaux régénérés planent en silence gorgeant leurs ailes d’une chaleur bienvenue qui excite leur chant strident de bonheur.
J’ai sorti la chemise de lin bleu et les mocassins de daim assortis que Madeleine a voulu m’offrir pour, dit-elle, briser l’uniforme denim dans lequel, parait-il, j’aime à me complaire comme un couteau en son fourreau.
La roue en châtaignier antique tourne inlassablement ses aubes au gré de l’agile courant d’eau fraiche dont les reflets changeants habitent un instant, renaissent et meurent, habitent de nouveau le bleu ultra-marin de l’impeccable carrosserie de l’auto lustrée de près.
Le moulin vivant rappelle en saccades roulantes ses aventures du printemps passé laissant les flots lui murmurer une histoire que lui seul sans doute peut comprendre. Comme un feu dans l’âtre, le chuchotement de l’eau qui éclabousse apaise mes interrogations et lorsque l’humeur s’y prête, jusqu’à mes révoltes, sans qu’il n’y paraisse.
Mon regard fatigué caresse les champs, après le verger, là où l’horizon se heurte aux sommets piquants des Pyrénées. J’imagine quelque bouquetin magnifique accroché aux parois escarpées pour y déloger l’herbe esseulée qu’il arrachera, d’une rare paroi enneigée, de sa langue rêche avant de la mâcher. Combien est-elle meilleure lorsque, inaccessible, il parvient enfin à l’atteindre. D’un saut et quelques rebonds calculés il rejoint un devers de cailloux glissants mais plus assuré, s’arrête et regarde lui aussi le printemps revisiter la campagne. Enfin, j’aime à y croire.
Je m’approche et m’abaisse au bord du vif cours d’eau. Comme un enfant qui découvre la douceur de l’eau qui s’échappe entre les doigts, je ferme les yeux et rappelle au vivant les souvenirs de joie enfouis un instant dans les strates de l’oubli.
La fraicheur de l’eau de vie engourdit mes phalanges,. Je frissonne un peu avant de sentir la main bienveillante posée sur mon épaule et qui caresse, désormais, mon dos arrondi.
Je respire, profondément. J’aspire au fond de mes poumons l’odeur familière, rassurante et enivrante de Madeleine, qu’aucune fleur, même des plus sophistiquées, ne saurait égaler.
Je couvre ses doigts chauds et bienveillants de la paume humide et froide de ma main. Le vent agite doucement le feuillage vert tendre des arbres qui se baissent dirait-on en signe d’assentiment.
Le chien, qui ne déteste rien moins qu’être exclu de ces moments de communion jaillit de l’Enfer, s’immisce entre nous, brise la furtive caresse, jette sa langue à gauche puis à droite, lance un « ouaf » inutile et bondit dans le ruisseau.
Tout est calme, paisible et si j’osais l’inaltérable cliché….d’une impalpable volupté.
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