LES LETTRES DE LÉON


François-Marie voyage.

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François-Marie Arouet dit Voltaire s’éteint ce 30 mai 1778 sans avoir repris ses esprits qu’il avait pourtant fort affutés. Beau penseur, étendu presque assis sur son lit, il est patent que s’il fut grand, il n’en était pas long pour autant, si ce n’est en âge, ne mesurant qu’un mètre soixante, fort malingre mais vieux de quatre-vingt trois années bien remplies d’expériences.

Ses yeux se sont refermés depuis plusieurs heures déjà, son souffle râlant, irrégulier ne parvient plus que rarement jusqu’à ses lèvres, son coeur cesse de battre et son cerveau, dans une ultime bataille organise la fin de tout dans un désordre indescriptible. 

Une sueur acide macule sa chemise qui fut blanche et dont l’odeur seule rivalise avec la crasse. La pièce sent la mort, les rideaux tirés masquent une belle journée qui suit son cours à l’extérieur sous les chauds rayons du soleil printanier qui éclaire sans doute quelque part un grand génie plein de vie.

Voltaire qui croyait en tout sauf aux superstitions est mort et avec lui, c’est le XVIIIème siècle français qui s’achève.

Un même soleil doux et caressant darde ses traits sur le visage d’un homme pas encore vieux, étendu dans une prairie verte du renouveau de la nature. Il ouvre ses yeux et pense. Où suis-je? Ne suis-je point mort? Le fait est que, tel un coup de tonnerre, un homme vient de revenir à la vie, à moins qu’il ne l’ait jamais quittée, ou que le Paradis existe, finalement. Il s’assoit, regarde ses mains dont les tâches de vieillesse ont disparu, caresse son visage dont il ne sent plus ni la peau flasque, ni les rides pesantes. Ses membres sont légers, ses douleurs familières l’ont quitté, la tête lui tourne.

Suis-je donc moi-même pense-t-il et comment cela est-il possible. Pour autant, ni cors, ni trompettes divines, ni ailes blanches ou noires pour lui laisser à croire qu’il a atteint le royaume de Dieu ou celui du Diable plus certainement approprié en ce qui le concerne.

Il se lève, chancelle un peu, ses habits sont d’horribles oripeaux dont il ignore la provenance. Un haut de chausse qui descend jusqu’à ses pieds, d’une irrégulière couleur bleutée, de grossière toile de coton serré à la taille par une ceinture de cuir qui passe sous de petits ponts de tissus l’empêchant ainsi de s’égarer. Une ample chemise blanche simple complète l’accoutrement avant qu’il ne remarque à ses pieds les plus singulières chaussures que l’on puisse imaginer, chamarrées de couleurs criardes et si souples, presque impossibles à discerner tant elles sont légères.

Si la confusion l’emporte, l’homme se réjouit de se sentir si jeune, respirant l’air à pleins poumons, un air qui a un goût qu’il ne connait pas, doucement perceptible. Il regarde autour de lui, de tous côtés scrute l’horizon dégagé en quête de vie, fut-elle animale. Suis-je sur Terre se demande t-il, lorsque au loin à l’orée de la forêt il discerne la silhouette d’une ferme et se met en chemin.

J’agite sans conviction la mixture d’eau brulante et de chicorée que je me suis préparée ce matin pour pallier l’absence de café. Il faudra que j’aille en acheter me dis-je sans conviction. Je récupère mes tartines grillées dont l’odeur de bonheur ménager a empli ma cuisine et commence à les beurrer avant de les tremper dans le liquide bruns qui se couvre dans l’instant de gros yeux gras qui, depuis mon enfance me regardent du fond du bol sans que je ne comprenne ce qu’ils veulent me dire. Ils ont au moins le mérite d’éviter qu’en dégustant mon breuvage j’y reconnaisse le reflet de ce visage honni, si laid que je n’ai jamais pu m’y habituer et si cela était leur mission qu’ils en soient, à jamais remerciés.

J’ai rangé avec difficulté, mais précision, dans un désordre savamment pensé, les quelques cheveux que je conserve et laisse s’allonger à loisir afin de dissimuler une calvitie naissante depuis bientôt cinquante ans. J’allume une troisième ou quatrième cigarette pour accompagner mes tartines et en faire ainsi un festin anti-hygiéniste rebelle.

Soudain, derrière les carreaux opaques, apparait à la fenêtre la figure hirsute d’un homme aux longs cheveux qui tente de discerner l’intérieur de ma maison fort sombre il est vrai. J’hésite un instant entre feindre de n’y être pas et cet élan passager qui me pousse en de rares occurrences à me comporter en citoyen modèle. Mon chien Pongo en bon défenseur de son territoire agite déjà la queue dans l’espoir de notre prochaine rencontre avec un nouvel ami, tant il est vrai que tout les hommes sont bons pour lui.

Le hasard, le cours de la vie, que sais-je, décide pour moi car l’homme m’a vu et frappe doucement au carreau. J’ouvre la fenêtre et l’observe. Bonjour dit-il, François-Marie Arouet mais il est convenu de m’appeler Monsieur de Voltaire. A qui ai-je l’honneur? Je l’observe attentivement sur le point de lui répondre que non, décidément je n’y crois pas lorsque ce nez, cet état fragile, cet oeil malicieux si souvent représenté…

Je me présente à mon tour et l’invite à entrer. Michel Houellebecq, entrez, je vous en prie et discutons des quelques clés qui j’en suis certain vous font probablement défaut.

Une réponse à « François-Marie voyage. »

  1. Avatar de dunninglarkin

    wow!! 31François-Marie voyage.

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