LES LETTRES DE LÉON


Un dimanche de campagne

by

in


Eh toi, oui toi! Fais-nous rire! Ben allez quoi, fais-nous rire.

Je déteste ce langage parlé où sous prétexte de simplicité chacun s’autorise des raccourcis syntaxiques, là même où il faut bien l’avouer je m’abandonne aux mêmes facilités. Je m’y vautre comme les autres, j’abandonne mes principes, je patauge dans les mots digérés, parfois je me pique afin de garder un semblant de dignité linguistique.

C’est vous dire si j’ai peu à faire ou à penser pour occuper mon esprit de telles futilités syntaxiques, ou grammaticales. Nous sommes dimanche, un dimanche infini puisqu’il précède un lundi devenu dimanche par la grâce de la plus gigantesque défaite militaire que le pays ait enregistré depuis que pays il est. Le tout formidablement transformé en victoire car ce qui compte à la fin, n’est-ce-pas, c’est de partager le camp des vainqueurs. Et dans l’art du travestissement la nation excelle.

Ainsi donc, demain, par décision d’un Président alors en mal de commémoration nous fêterons la fin de notre soumission à un état voisin devenu fou, puis fréquentable à nouveau, alors même que ses habitants restaient les mêmes, ce qui devrait nous inciter à méditer sur l’étendue et la nature réelle de la civilisation.

Eh fais nous rire, là on s’ennuie pour ne pas dire pire encore!

Alors voyons….Qu’avons-nous dans le dossier amusement et rire ce week end…

Mais bien sur! Windsorland! 

Windsorland a rouvert!

Soixante-dix ans que le parc d’attraction, s’il n’était complètement fermé, était en sommeil, égayé de ci de là par les accoutrements variés et cruels à la rétine que portait Mamie UK. J’ai mis une majuscule à Mamie non par respect mais simplement pour marquer le caractère unique de la défunte qui a vécu près de cent ans étant daltonienne sans que jamais quiconque ne s’en offusque. Voici donc son fils qu’on a peine à nommer ainsi tant il est vieux aux marches du pouvoir. Car vous avez lu sans doute ces nombreuses et importantes questions posées par la presse fut-elle britannique ou européenne.

Charles III sera-t-il un bon roi?

Quelles seront ses premières décisions?

Son règne changera-t-il les choses?

Saura-t-il sauver la monarchie?

Et bien d’autres questionnement importants encore que j’hésite à citer tant la réponse, pourtant simple, est systématiquement omise par les champions de l’information inutile.

Charles, aussi brillant, charismatique et intelligent soit-il ne changera rien à rien puisque de pouvoir il n’ a aucun. C’était pourtant simple. Cet homme, comme sa mère ne peuvent strictement rien. S’ils le souhaitent, lui et Camilla, une nouvelle variété de roses portera leur nom, s’ils arborent une bague « x » ou un pendentif « y » la presse aura tout loisir d’interpréter le prétendu signal envoyé par leurs altesses au travers de ces colifichets insignifiants. Ils pourront au détour d’une petite phrase de deux ou trois mots tonner contre telle ou telle orientation et si trop souvent ils en abusent, le premier ministre britannique saura bien vite leur rappeler que de leurs avis on se passe et qu’ils dépassent les bornes de leur si faible autorité. 

Quel bonheur pourtant de voir tout un chacun baigner avec aisance dans cette douce rivière de dupes, faire comme si, pendant un après-midi tout d’hermine, le Royaume Uni était encore un Empire dirigé de main de fer par un monarque tout puissant. 

Pensez-vous Madame que Charles III sera un grand roi? 

Oui j’en suis certaine, il a ces qualités qu’on attend d’un bon roi. 

Je vous remercie. 

Charles III est un roi en phase avec les préoccupations de son époque. La phrase en soi sonne comme un oxymore. 

Regardez comment une femme porte son épée et non un homme!

Diable! En effet, ébouriffant!

Admirez cette invitation faite à tous les cultes du pays.

Voyez-vous ce mélange des ethnies lors de son sacre?

C’est vrai, c’est beau et cela va sans conteste changer le cours de l’histoire, n’en doutons pas.

Pendant quelques heures, quelques jours sans doute nos amis britanniques auront remonté l’histoire sans bouger. Elle aura défilé devant eux, au pas des chevaux, sous l’éclat de couronnes vastes comme des vestibules gothiques, au son du doux froufrou de l’hermine froissée, enveloppée dans les couleurs teintantes de l’habit du roi, si criantes qu’on aurait cru sa mère. Son poitrail couvert des décorations que lui aura valu son absence au combat, il est là, visiblement anxieux, on se demande bien de quoi.

Sous le beau regard remarqué de Kate, éclairant sa beauté rayonnante, nos amis ont-ils noté que c’est là et là seulement que s’exerce le pouvoir royal?  Tant il est vrai qu’en dehors de Charles les autres membres de la famille ont élu de très belles femmes, d’horizons non royaux, ce qui restera ce qu’ils peuvent faire de mieux pour l’avenir de la lignée, c’est à dire éviter la consanguinité.

Ce soir, les chevaux seront remisés, les modestes trois mille militaires qui accompagnaient le roi tant on craignait sans conteste qu’il ne s’enfuie, ces militaires auront retrouvé leurs quartiers, les anglais savoureront un thé dans un mug à l’effigie du nouveau couple. Demain, les soucis qui assaillent le royaume n’auront pas fléchi. Nul doute qu’à son petit lever, après avoir enfilé ses slippers de soie et dès la fin de son royal breakfast, Charles III pourra enfin commencer à user de son pouvoir pour remettre le train du royaume sur les rails de la prospérité.

J’ai hâte.

Laisser un commentaire


Designed with WordPress

En savoir plus sur LES LETTRES DE LÉON

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture