LES LETTRES DE LÉON


Eloge de la paresse.

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J’observe alangui, au travers de la large fenêtre, les nuages blancs poussés par la tempête qui, plus loin, ébranle la côte atlantique.

Ils se hâtent, fondent et se reconstituent, filent vers un destin, d’eux seuls connu. A leur passage, les peupliers d’Italie se penchent, ondulent comme pour les saluer ou tenter de les rejoindre dans leur liberté, eux enracinés dans la terre à tout jamais. 

La pluie voudrait tomber mais le vent impétueux l’envoie toujours plus loin contenant de grosses gouttes qui en s’entrechoquant finiront bien par inonder des sols avides laissés arides par un hiver avare en eau.

Il était dit qu’aujourd’hui je ferais quelque effort afin de bricoler un peu. 

Puis le réveil de la nature accrocha mon regard, la douceur du printemps s’imposant lentement dans l’agitation extérieure me convainquirent du contraire. Qui me jugerait si aujourd’hui je décidais de profiter des instants, gourmand non repenti devant les éléments, tel un enfant devant l’éclair exposé dans la vitrine d’un pâtissier? 

Les yeux de Pataud mon chien aux oreilles longues et duveteuses, directement reliés à son coeur finirent de me convaincre qu’il était temps de ne rien faire. Je m’allongeais sur le long canapé de cuir caramel salé, étirais mes pieds et caressais la tête du chien, ravi, sachant bien que nous pourrions sans doute partager une sieste ensemble. Expert en croissants oculaires craquants, il gémit doucement, jetant sa patte en avant pour attirer mon attention,  posant sa tête sur mes genoux dans l’attente du signal qui l’autoriserait à venir se blottir entre le dossier du sofa et moi.

Sitôt dit, sitôt fait, il s’allongea de tout son long, s’élevant par saccades jusqu’à glisser son large museau sous mon bras, la truffe inquisitrice, avant qu’en quelques minutes un ronflement puissant et continu vienne confirmer son abandon au plaisir du farniente.

Tempête, son acolyte à courtes pattes se hissait pour déterminer si une place subsistait afin d’accueillir son petit corps allongé et frétillant. Je l’attrapais, le posais le long d’un accoudoir et le laissais tourner et tourner encore jusque’à ce qu’une main magique et invisible lui indique qu’il avait trouvé le bon endroit pour se poser.

Nous étions trois, prêts à tout pour ne rien faire, unis dans l’inaction, heureux dans la chaleur de l’intimité animale.

Ce qui pour l’homme était paresse s’élevait au rang d’un art pour le chien et nous étions bien disposés, tous trois à sacrifier à cet art antique quoique méprisé.

Il était temps de laisser nos esprits s’évader ou nos yeux se fermer avant que d’incontournables obligations ne nous rappellent à cet ordre que nous ne vénérions pas.

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