LES LETTRES DE LÉON


Les vêtements sales.

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Après les avoir attentivement relues, j’ai replié lentement les pages de 2022 devant le feu ardent qui brulait les livres et les attributs de cette année de tohu-bohu comme avaient du l’être celles qui l’avaient précédées. Je n’en ai plus souvenir. 

Ces pages de ma mémoire, des évènements survenus ou que j’avais espérés lors des douze derniers mois, je les ai jetés sans regret comme on le fait de vêtements sales qu’on laisse à son teinturier. Sauf que dans ce cas, je n’espère aucun retour.

J’ignore mon âge et n’emmène avec moi que celles et ceux, peu nombreux, chers à mon coeur, tel un voyageur temporel qui aurait décidé de ne vénérer que le présent. 

Je laisse sur le chemin, après les avoir ôtés de la grande ombre de ma mémoire ces humains qui m’ont déçu ou délaissé. J’ai décidé, il y a de cela fort longtemps de ne plus laisser mes souvenirs être colonisés par le repentir, la destruction.

Lorsque, enfin, j’aurai trouvé le choc affectif, j’autoriserai les souvenirs à imprimer les espaces prévus à cet effet dans ma matière cérébrale inoccupée. J’y conserverai les joies de partager avec une âme familière les bonheurs de l’émotion, simple, la joie céleste des yeux qui se lient pour l’éternité supposée.

Pour le moment, de vastes alvéoles vont se vider de leur substance temporaire afin que je me présente à cette nouvelle année l’esprit ouvert, naïf, prêt à toutes les rencontres comme si le temps n’avait plus d’emprise. 

Car en remettant ma mémoire à l’infini espace, j’oublie mes craintes, mes échecs, mes faiblesses, mes propres traitrises, libre, éternellement en attente de la vie, plein d’espoir.

Curieux de ce qui sans doute surviendra, j’avance, confiant, empli d’un air enivrant, vieux buvard aventurier.

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