Tandis qu’enfin refroidissaient les décombres disparates des guerres nucléaires que l’humanité avaient menées pendant des décennies et que la bêtise cessait lentement de succéder à la bêtise, il lui advint évident que la bonne manière pour régler ses soucis lui échappait encore.
L’énergie faisant défaut et demeurant responsable des affrontements mondiaux, certains se demandèrent si une forme de coopération ne serait pas plus efficace qu’essayer de prendre par la force ce qui restait au voisin afin de prolonger encore quelque temps l’illusion d’une prospérité passée.
Algernon Silex, Président des restes de l’Europe regardait l’horizon enflammé au delà des Alpes qui depuis trente ans avaient disparu. Confortablement assis dans son bureau climafiltré de Lyon, au cent-soixante-treizième et dernier étage de l’immeuble de la Fédération il regardait Milan et son cratère bouillonner lentement, comme il le ferait encore pendant cinq cents ans environ. S’il tournait ses pas vers le nord il pouvait apercevoir une image identique au-dessus de ce qui avait été Paris, plus loin Bruxelles et Londres encore dans la nuit, mais tout aussi dévastées. Les hommes, pour s’habituer au chaos et le surpasser dans leur quotidien avaient pris pour coutume de considérer ces villes mortes comme des volcans actifs.
Durant les quarante années qu’avaient duré ces guerres déclenchées, interrompues, recommencées, près de huit milliards d’hommes, de femmes et d’enfants avaient péri croyait-on.
De nombreux pays du monde autrefois prospères et désormais inaccessibles ne répondaient plus aux communications que le reste de la planète tentait d’établir avec eux, aussi ne savait-on avec assurance le nombre exact d’humains perdus.
Il en restait pensait-on au moins trois milliards répartis en quelques régions de l’Europe, une part importante de l’Afrique, en Sibérie, Amérique latine et dans le centre de ce qui avait été les Etats-Unis. L’économie s’était écroulée et toute autres considérations que la fabrication d’armements toujours plus offensifs, l’approvisionnement en nourriture plus rare et la recherche de sources d’énergie chaque jour plus aléatoire avaient disparu.
Au début, les nations les plus puissantes avaient espéré prendre le dessus sur leurs adversaires les plus menaçants mais ironiquement c’était dans les régions les moins développées que l’homme avait pu tirer son épingle du jeu, le reste de la planète étant anéanti par la puissance de feu considérable des humains qu’on disait autrefois les plus développés.
Algernon lisait le rapport de ses services spéciaux concernant les restes estimés de savoir scientifique répartis dans le Monde encore actif.
Il devait s’adresser ce soir à ses trente homologues sur la planète pour leur proposer pensait-on une trêve, suivie d’une coopération unique afin d’éviter à la Terre l’anéantissement complet qu’il était prêt à assumer dans l’hypothèse où l’on refuserait son offre.
Il savait la difficulté d’imposer aux autres dirigeants en guerre sa vision sans alternative possible et avait travaillé intensément à faire connaitre la puissance nucléaire qu’avait atteint la Fédération, suffisante désormais pour anéantir la planète entière en une seule salve d’attaques.
L’ultimatum serait donc simple. Soit les hommes vivraient suivant les orientations d’Algernon Silex et de la Fédération Européenne, soit ils mourraient et l’Europe se suffirait à elle-même, définitivement épargnée par tout conflit, ambition, ou contestation.
Algernon et ses conseillers avaient passé la journée à répéter et repasser les termes de la proposition qui serait faite aux gouvernants de pays, chefs de clans, mafieux installés, groupes indépendants et qui se connecteraient à 20:00 TU pour entendre l’ultimatum de celui qui ne cachait pas ses intentions.
A 20:00 précises ce jour-là les armes se turent en tout lieu de belligérance sur la planète et l’un après l’autre, les visages connus et inconnus de ceux qui en un point ou un autre du globe disposaient d’une parcelle de pouvoir apparurent sur les plasmas de contrôle suspendus aux murs du centre de décision d’Algernon et de ses plus proches collaborateurs.
Les plus fameuses têtes des plus terribles chefs de guerre s’affichèrent peu à peu sur les écrans.
Il y avait là Boris Koutchnievski, le barbare de Sibérie qui contrôlait ce qui restait des centrales nucléaires d’Asie centrale ainsi que les ingénieurs et chercheurs qui y étaient autrefois rattachés. Hirapati Dhani, réfugié avec les élites indiennes sur les contreforts de l’Himalaya apparut, son éternel sourire aux lèvres cachant mal sa responsabilité dans la mort de près d’un milliard de chinois. Jim Turner, dernier représentant de ce qui s’était autrefois appelé et autoproclamé la Démocratie Américaine dévoila à son tour un visage fatigué. D’autres encore, plus nombreux que ne l’avait imaginé Algernon firent acte de présence et durent expliquer qui ils étaient et qui ils représentaient avant d’être acceptés. Après plusieurs heures de sélection et d’accueil des participants virtuels et statiques à la conférence, Algernon prit la parole.
- Dirigeants des restes du Monde, je vous salue, se força-t-il à leur dire. Vous n’êtes pas ici ce soir parce que vous représentez vos peuples, la démocratie, l’espoir ou la paix, mais parce que vous êtes une menace mortelle pour la planète. En conséquence, si je vous parle ce jour c’est pour vous proposer une et une seule issue au conflit qui nous déchire depuis tant et tant d’année et mêne notre civilisation à sa destruction. Je ne le fais ni par charité ni par ce qu’il est convenu d’appeler humanité mais pour préserver ce qui reste de notre monde. Il n’y aura rien à négocier, ni même à discuter. Si vous quittez cette conférence, votre sort et celui de vos administrés sera scellé.
Un murmure se répand autour de la pièce virtuelle où chacun reste à sa place, tendu.
- Comme vous le savez sans doute, reprend Algernon, nous avons engagé le conflit qui nous oppose du fait de la raréfaction des sources d’énergie nécessaires au bon fonctionnement de nos sociétés. La guerre, c’est évident pour tous n’a en aucune façon amélioré la situation. Nous, européens avons pu protéger le centre international de recherche ITER sous son dôme électro-magnétique contre toutes les attaques que vous avez, chacun à votre tour dirigé contre lui.
- A l’heure où je vous parle, la communauté scientifique qui a continué à oeuvrer pendant le conflit vient de mettre au point le premier réacteur de fusion nucléaire contrôlée jamais réalisé. En d’autres termes, nous venons d’inventer la fourniture d’une énergie universelle, illimitée et presque gratuite susceptible de répondre à l’ensemble de nos besoins en énergie et davantage encore..
Ça n’est plus un sourd murmure qui se répand mais des cris de ferveur, d’envie, de soulagement qui font éclater le dôme de la conférence.
- Cette énergie et sa mise en oeuvre reprend Algernon, nous vous l’offrons et invitons vos ingénieurs et chercheurs à nous aider à la mettre en oeuvre dans vos contrées, sous condition de la prise de contrôle par la Fédération Européenne, désormais Fédération Mondiale de l’ensemble des armes par vous détenues qu’elles soient conventionnelles ou nucléaires. Les forces armées de la Fédération se déploieront partout dans le monde et ce à compter de demain 08:00 TU. Associé à cette mesure, la Fédération prendra le contrôle administratif de la Terre à la même date et heure. Il est 23:22 TU. Vous avez deux heures pour apporter votre réponse. Bienvenue dans la Fédération Mondiale que nous espérons prochainement appeler galactique. A tout à l’heure.
Algernon éteint un à un les écrans, se retourne vers ses collaborateurs et leur dit, comme convenu ordonnez la destruction des zones mafieuses et criminelles.
Retrouvons nous ici dans deux heures…
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