LES LETTRES DE LÉON


Amour, toujours, jamais.

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Je t’écris à la main pour tutoyer encore et toujours, l’illusion prétentieuse du contact de mes doigts sur ta peau. La plume gorgée d’une encre mortuaire file avec passion sur le doux papier vélin dont la blancheur évoque l’immaculée pâleur de ta carnation. Cela, bien sur, avant que le soleil ne la sublime dans de doux tons de mirabelle mure lorsque vient l’été et que tu recherches sa caresse.

Je m’éveille ce matin de novembre pareil à hier avec dans l’esprit ton image qui ne s’efface pas. 

Tu marches, légère au-dessus du sol, portée par le vent doux de l’ouest et alors que tu t’approches, la rue, derrière toi, s’embrase en longues gerbes dorées et bleues qui soufflent ta robe blanche. 

Ta présence illumine mes pensées et consomme toutes celles à toi non dédiées.

Je t’observe alors que tu passes à mes côtés, les pieds nus, fins et si tendres, je le sais. Tu tournes la tête lentement vers moi, les flammes m’entourent, lèchent mon corps sans le blesser tout en détruisant tout ce qui m’occupe hormis toi. 

Je saisis le coeur si fugace de tes yeux noirs immobiles qui me dévorent, investissent ma vie, enquêtent sur ce qui m’anime, m’interrogent. Lorsqu’ils me quittent hélas, cruelle destinée, ils m’exhortent à m’éloigner, loin, plus loin, trop loin, par ma faute.

Je suis passé dans ta vie sans laisser de cette émotion que j’aurais voulu partager. 

Comme un mauvais agriculteur j’ai gratté la surface avec impatience, sans rien laisser jaillir. Je n’ai pas su te convaincre de l’émerveillement qui t’accompagne lorsque tu souris, du bonheur qui te précède lorsque tu ris, de la félicité de te serrer doucement et sentir ton corps se lover lorsqu’enfin tu te laisses aller.

Je ne souhaite pas me réveiller de mes illusions toujours vives, alertes, prêtes, les folles, à se muter en réalité sur un signe de toi qui ne viendra plus. Là, je sais, ne dis rien.

Je me retourne maintenant que tu es passée et que tu t’éloignes sans retour, je vois tes longs cheveux caresser tes reins comme autrefois je le faisais en rêvant doucement à nous.

Demain, dans un an, dans dix ans me disais-je lorsque moi aussi je m’enivrais et m’abandonnais dans tes bras en t’ouvrant ma vie.

Alors je feins de ne pas savoir pourquoi tu ne veux plus de moi.

Les raisons sont tellement nombreuses et je suis si orgueilleux que je veux croire que tu t’es trompée. Je ne souhaite pas savoir, né trop tôt, déclaré trop tard, tout simplement insipide.

Ce sera mon seul mensonge envers toi, pardonne-moi je t’en prie mais ne me détrompe pas, non.

Reviens, même si j’ai tort, reviens même si les raisons en sont mauvaises, reviens et donne ce que tu peux, ce que tu veux, si tu veux. Je prendrai tout et rien de plus, suspendu à tes lèvres et tes yeux comme un passereau s’appuie sur un rayon de soleil avant de s’élancer dans le ciel, heureux et gazouillant.

Tu marches, petite et résolue, loin désormais, seule, sans moi. Je distingue parfois ton ombre dans mon errance, je hasarde ma carcasse abandonnée près de ta maison pour surprendre ton regard, croiser ta silhouette, mettre mon pied dans ton pas, respirer ton parfum. 

Je me tourne et j’entre dans les flammes qui rongent ma chair, mes os, mais mon âme reste vive, pour toi, si jamais tu reviens.

Amour toujours, jamais.

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