LES LETTRES DE LÉON


Chafouinade

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La bassiste de Khruangbin envoie les notes de son « surf rock » tandis que le guitariste enchaine ses rifs psychédéliques. Du beau s’invite dans mon salon et c’est bien ainsi.

Ce matin qui pourtant commençait dans une gerbe de couleurs pastels trop rapides pour s’installer durablement, moi Reginald Armageddon je constate que suivant une exception devenue règle,  la bêtise s’est levée du même pas que notre astre céleste mais que hélas, contrairement au doux soleil, elle va, de nouveau demeurer jusqu’à son coucher et au-delà encore.

Fascinante la capacité qu’à l’idiotie de nous envahir, spontanément,  sans faiblir. Sommes-nous tellement submergés par nos émotions animales ou nos intuitions insensées que nous en perdons tout contrôle? Mais alors pourquoi la balance penche-t-elle spontanément vers l’absurde, la crainte irraisonnée, le commentaire haineux? 

Est-ce cela la malédiction de l’humanité?

Ainsi que vous pouvez le constater, je me réveille l’esprit philosophe, l’attitude rebelle, l’oeil goguenard mais inquiet. Car de vous à moi je m’ouvre ainsi au nouveau jour, lever de soleil après lever de soleil. Je redoute que l’idiocratie soit en route. Lorsque le peuple ne veut plus voter et prétend qu’il va tout régler, je m’inquiète. Non que je méprise le peuple, enfin si un peu, malgré ce que j’en dis. 

Lorsque je dis peuple, je me réfère:

  • Aux humains lorsqu’ils sont groupés au delà de deux et pensent que par définition le responsable, c’est l’autre et que par conséquent ils peuvent se laisser aller aux instincts les plus bas en toute impunité.
  • A ceux qui ont délaissé les bars pour envahir les réseaux de leur sidérale sottise et blessent mes yeux, puis mon cerveau et sans doute d’autres organes moins évidents mais dont la science, un jour apportera la preuve de leur dégradation irrémédiable.
  • A ceux qui pensent que baisser les salaires des dirigeants les rendrait plus proches du peuple, comme si c’était un objectif en soi.
  • A ceux qui croient qu’on peut fort bien vivre avec très peu lorsqu’on a de petits besoins, mieux encore, pas de besoins du tout et qui s’emploient à en convaincre les intéressés.
  • A ceux qui regrettent l’époque où l’on avait un gouvernement fort, en oubliant qu’ils auraient été écrasés par ce gouvernement ou fusillés après sa chute s’ils y avaient participé, tant il est vrai que les gouvernements forts aiment à s’entourer d’imbéciles et que cela finit toujours mal. J’attends avec impatience l’exemple d’un gouvernement fort qui aurait amélioré quoi que ce soit.
  • A ceux qui glorifient l’idée de ne pas avoir étudié, de n’avoir aucune culture et qui pensent qu’en conséquence, ils sont purs, clairvoyants et pour tout dire omniscients. Pourquoi diable n’essaient-ils pas de gouverner?
  • A ceux qui croient que les gouvernants prétendent à des fonctions politiques pour s’enrichir alors qu’ils gagneraient dix à cent fois davantage et seraient cent à mille fois moins méprisés s’ils faisaient carrière dans une entreprise privée.
  • A ceux qui trouvent normal qu’un fort en pieds gagne vingt millions par mois sans rien apporter à la société et fustigent (au bas mot) les entrepreneurs qui gagnent infiniment moins tout en créant de l’emploi et de la richesse.
  • A ceux qui attendent la catastrophe si possible réputée insoluble pour commencer à changer d’attitude en matière de réchauffement climatique. Et qui, comme ils n’auront pas bien compris, baisseront  enfin le niveau de la température ambiante chez eux pour ne pas augmenter le réchauffement à cause d’une chaudière trop brulante.
  • A ceux qui vont boire le thé à New-York en jet, qui vont nager au large en yacht extra large et à ceux qui croient que si on supprimait tout cela les soucis d’environnement disparaitraient avec. A ceux qui diront que ce serait déjà un début, comme s’il suffisait de commencer par les exceptions avant de traiter le principal.
  • A ceux qui croient que l’anéantissement des symboles vaut solution.
  • A ceux qui confondent la valeur qu’on donne aux choses et l’argent dont on dispose réellement.

J’en oublie, sans équivoque. C’est déjà énorme je m’en rends compte. 

Le plus terrible étant qu’on est toujours l’imbécile d’un autre même si, je le pense, il y a une bêtise incompressible, une bêtise évidente, celle qui sans cesse est contre tout, ne crée rien, n’a pas d’idée, rêve mais ne veut pas gouverner, explique mais ne comprend pas, généralise sans analyser, sait sans preuve, nie les faits, prétend que plusieurs vérités existent.

Tout cela en lieu et place de s’aimer?

Je referme les yeux, Reginald va laisser son regard observer son intérieur derrière ses paupières fermées, oublier cette vision du monde et attendre qu’elle l’appelle, seule elle peut tout repeindre en bleu.

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