LES LETTRES DE LÉON


L’avis des animaux (2).

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Aujourd’hui, l’Hippopotame

Le sublime hippopotame, roi des mares et cours d’eau africains s’apparente à s’y méprendre à son cousin maritime au derme salé, le morse. 

Il lui ressemble point à point, trait pour trait si l’on exclut bien sur l’absence flagrante de pattes suffisamment allongées chez le mammifère marin, mais soyons patients, qui sait à quoi ressemblera ce sympathique habitant des eaux froides dans quelques millions d’années?

Plus étonnant encore, lorsqu’on dispose de la fibre observatrice ou  d’un esprit scientifique aussi acéré qu’une lame andalouse au VIIIème siècle c’est à certains habitants de l’Amérique du Nord que notre ami hippo nous fait penser. 

Pardon? Non, je ne pensais pas au castor mais je note l’idée pour d’autres aventures passionnantes et à venir.

Je voulais bien entendu évoquer l’humain américain qui, ayant abandonné le tabac s’est abimé dans le sucre au point désormais de concurrencer notre ami des rivières tropicales. 

Dans un souci de mimétisme aberrant, certains individus, maltraités par la vie et des politiques sociales trop avantageuses sans doute ont rejoint la rue. Ils s’y sont hélas installés et ont, avec le temps et les privations, perdu leurs dents jusqu’à n’en plus garder que deux en haut, deux en bas, tels de pauvres hippopotames abandonnés là, sur le trottoir souillé par leur pauvre vie.

Mais revenons à la gaité et pardonnez moi ce supplément d’âme irrépressible auquel, c’est promis je ne donnerai plus cours, jusqu’à la prochaine fois.

Vous savez mon goût pour l’exactitude des faits, l’universalité de mon propos et ma dévotion à la preuve par l’expérience. 

C’est dans cet esprit bien mis que je vous convie à l’instant à l’examen de ce mot surprenant, ébouriffant, je veux parler bien évidemment du mot hippopotame. 

Je pensais, au commencement que le mot s’était formé comme l’animal en sorte, par les épousailles de Monsieur Hippo, bel étalon des savanes et de Madame Potame, serveuse bavaroise plantureuse à la fête de la bière. Je croyais que le résultat ayant dépassé leurs cauchemars les plus cauchemardesques ils s’étaient en somme évertués à cacher la véritable histoire de ces origines, c’était compter sans ma sagacité.

Et pourtant, non. Après une somme de recherches ethnologiques autant que zoologiques, j’affirme haut et fort à mes détracteurs, confrères et ennemis scientifiques, que l’hippopotame et cousine Greta n’ont rien à voir avec l’objet de notre intérêt.

Mais alors d’où provient l’appellation? Comment, donc? Chacun se perdait en conjectures jusqu’à la parution de cet article ma foi fort instructif.

J’en connais parmi vous amis lecteurs, qui à cet instant font une pause dans leur lecture, se lèvent en trainant leurs chaussons sur des parquets anciens, s’en vont gaiment préparer un café ou une citronnade suivant leurs goûts ou la température ambiante. 

Il se ruent alors sur Gougueule, pour voir, pour vérifier et cherchent l’origine du mot avant que de me jeter au visage que l’hippopotame réunit plusieurs espèces de mammifères cétartiodactyles. 

Je le savais déjà et j’en conviens mais là n’est pas mon propos. On  ajoutera que son origine remonterait à nos ancêtres grecs; hippo pour cheval, potamos pour fleuve.

Laissez-moi sourire, je vous en prie. Et pour enfin casser le mythe, je  vous propose de vous l’expliquer comme j’aime à le faire, de façon scientifique et ordonnée.

Hippo. Quiconque a déjà vu le noble cheval sait fort bien que seul un esprit déformé et pour tout dire satanique pourra trouver ne serait-ce qu’une similitude entre notre gros ami et le noble équidé aux pattes ailées et élancées. Non!

Potamos. En effet, l’hippopotame aime la rivière mais cela suffit-il pour le caractériser, je ne pense pas. La truite aussi, cela suffit-il pour rendre l’assertion irrémédiablement scientifique?

Non et non encore. 

A tout ceci la science est étrangère. 

Rien ne vous choque? 

Hippo, grec, potamos, grec. Non, toujours rien? J’apprécierais que de temps à autres vous m’aidiez, mais continuons.

Laissez moi vous éclairer. L’hippopotame n’existait-il pas avant que les grecs ne lui donnent un nom? Si oui, ce qui est avéré, comment se fait-il qu’on ait du attendre les spartiates ou les athéniens pour le nommer? Etrange, non scientifique.

Pire encore. Que les grecs aient donné un nom au furet (ce qui n’est pas le cas) au renard (non plus!) à la vache même (pas davantage), soit. Ils en côtoyaient chaque jour que leurs dieux faisaient. 

Mais des hippopotames, ils en auraient vu à quelle occasion en Grèce? De qui se moque t-on?

Alors me direz-vous d’où vient-il, qui est-il et pourquoi, voire encore?

Amis lecteurs assoiffés de connaissance, nous touchons là à l’objet et aux limites de la recherche scientifique. 

On ne sait pas. Frustrant, j’en conviens mais savons-nous à quoi correspond la matière noire, l’énergie noire? Non. 

Il se fait que pour l’hippopotame, le mystère reste également entier, l’origine trouble, les desseins insondables. C’est un fait.

Je ne terminerai pas cet article riche en informations sans évoquer l’usage particulier que fait notre ami des rivières de sa queue qui, pour courte, n’en est pas moins fort active.

L’hippopotame, lorsque vient l’heure de l’expulsion de ses déjections a cette curieuse habitude de faire tourner sa queue à une vitesse effrénée pour les disperser aux alentours. Mieux vaut, lors de cette pratique prendre son apéritif à une distance raisonnable. Remarquez en outre qu’il le fait dans l’eau même dans laquelle il baigne ce qui n’est pas banal.

Sachez, que concernant cette pratique, on ne sait pas non plus, ne cherchez pas, on ne sait vraiment pas. 

J’émets l’hypothèse que c’est par jeu et afin d’égarer les chercheurs mais ça n’est qu’une idée.

Voilà, un animal bien obscur, aux motivations sombres et secrètes. 

A bientôt amis lecteurs.

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