Aujourd’hui, le Crocodile.
Le crocodile a ceci de particulier qu’il est le sosie aquatique presque parfait de son cousin terrien, le basset hound avec lequel il partage un jeu de quatre pattes fort courtes terminées par des doigts fort larges.
Là hélas s’arrête la comparaison car si l’on pousse plus avant et membre à membre l’analyse de leurs similitudes, force est de reconnaitre que rien de plus ne les rapproche.
Cependant il y a un air de famille que je souhaitais souligner afin de manifester les réels efforts scientifiques qui sous-tendent l’écriture de la présente encyclopédie de nos amis en voie de disparition. C’est un fait.
En dehors d’un physique disgracieux sur lequel je reviendrai dans quelques instants ainsi que d’un intellect également limité, le crocodile souffre d’une hérédité pesante qui le rend au moins aussi fragile que ses proies, les gnous, qu’il broie dans le froid. (Je sais que cette phrase n’a pas grand sens mais j’ai pris plaisir à cette succession de sonorité de oi).
Car le crocodile est le fruit d’un travail collectif mené voici un temps déjà ancien par Arsène Vuitton et Sigismond Hermes lesquels, à partir de l’oeuf d’un lézard européen et d’autres produits jalousement gardés secrets fabriquèrent la recette du crocodile à des fins honteusement mercantiles qu’il n’est pas lieu de développer ici. Je crois que vous avez compris de quoi il s’agit. Nous allons d’ailleurs en parler tout de même.
Le crocodile est donc constitué de plusieurs sacs à main sur le dessus, de porte-cartes entre les doigts et les épaules, de portefeuilles entre le bassin et les doigts de l’arrière. Il existe des crocodiles de différentes couleurs suivant les années, certains d’entre-eux étant même imprimés de motifs variant au gré de la fantaisie de dame nature. Vous voudrez bien vous référer à l’iconographie savoureuse et détaillée disponible en fin d’ouvrage.
Le reste des éléments le composant a surtout été ajouté afin de conserver à l’ensemble une cohérence et un fonctionnement sinon harmonieux, tout du moins fonctionnel.
Soucieux d’assurer à ce corps mal assorti une viabilité suffisante pour amener à leur âge adulte les produits évoqués plus haut, les deux compères ajoutèrent à la bête une tête affreuse, longue, essentiellement composée d’yeux qui se ferment et d’une bouche munie de dents énormes qui s’ouvre, large et qui se referme hélas brutalement pour assurer les besoins alimentaires de l’animal. Vous conviendrez avec moi qu’en aucun cas Dieu ne pourrait être responsable d’un être vivant aussi vil et repoussant. Travail de gribouille certes, mais c’est ainsi.
Comme tout ce qui entre finit toujours par sortir, ils firent aussi un trou à l’arrière du crocodile, jugeant qu’il était déjà assez méchant pour ne pas ajouter de facteurs perturbants et afin de ne pas incommoder le reptile par l’odeurs de ses déjections. Jetons un voile pudique sur l’orifice qui jusques à nos jours fit l’objet de fort peu d’études universitaires.
Nous ne sommes par conséquent et malheureusement pas certains de tous les usages et coutumes liés à l’organe sus présenté quand bien même de sombres ragots sont colportés ici où là dans la forêt, le long de la rivière.
Mais nous dépassons le cadre de notre étude. Tenons-nous en à l’essentiel, je vous prie.
Voici donc notre crocodile qui certes affreux, n’en est pas moins terminé.
Etant entendu qu’à part pour sa peau, le crocodile ne présente aucun usage rationnel, aucune utilité reconnue, ses créateurs bâclèrent quelque peu la phase intellect en ne confiant à l’animal que des capacités limitées à l’ingestion, la digestion et l’expulsion des aliments.
J’entends nos amis les défenseurs de la nature m’interpeller et m’indiquer, s’il le faut avec véhémence que rien ne permet d’affirmer que le crocodile est un inadapté.
Fâché à mon tour, je décide de rappeler à nos amis dévoreurs de racines et tubercules les faits avérés et circonstanciés qui suivent.
De la famille. Jamais aucun spécialiste chevronné du crocodile n’a pu observer la moindre familiarité, solidarité, intimité durable entre Monsieur et Madame Crocodile. Passée la période intense et fracassante du rut aqueux, Monsieur oublie Madame, qui pense déjà au futur.
Des enfants. A la naissance de ses enfants, Monsieur Crocodile n’est pas là et c’est bien mieux ainsi car sinon, il dévore sa progéniture.
De la vie en société. A part les moments où il digère, période calme, pouvant s’étendre sur plusieurs jours suivant la taille de sa proie, le crocodile observe les animaux qui boivent dans sa mare ou sa rivière, repère le plus mal en point, s’enfonce dans l’eau, s’approche du bord sans faire de vague et soudain, d’un coup de queue puissant se propulse sur sa victime qu’il a tôt fait d’emmener au fond de l’eau pour l’étouffer et la démembrer. En un mot comme en cent, c’est un meurtrier en série spécialisé dans les handicapés et sans aucun courage.
Du voisinage. Le crocodile aime vivre seul dans son cours d’eau, en dehors de ses proies bien entendu qu’il espère nombreuses et plus bêtes que lui encore. Ce sur quoi il a fort raison de capitaliser puisque après avoir et toujours de façon identique dévoré deux millions de gnous, ceux-ci n’ont toujours pas compris ce qui leur arrivait lorsqu’ils ont soif. Mais laissons là, cela fera sans doute l’objet d’une belle fiche d’étude. Alors qu’avec un bête pont au dessus de la rivière, ou la fabrication d’un rudimentaire abreuvoir au milieu des terres et qui se remplirait avec la pluie, mais bon, passons ai-je proposé.
Le voisinage donc. Le crocodile aime la solitude de ses congénères mais doit supporter la présence apparemment paisible de l’hippopotame qui hait le crocodile et n’hésite pas à le corriger lorsqu’il vient déjeuner trop près de lui ou pire, de ses enfants.
A ce sujet, si le crocodile aime rire du gnou,, alors qu’on ne joue pas avec la nourriture, j’aimerais lui faire remarquer qu’il continue lui à jouer près des hippopotames malgré un historique d’attaques à mort de ces derniers particulièrement circonstancié pour qu’il se demande, ne serait-ce qu’une fois: mais que se passe t-il quand je déjeune, parfois je meurs?
Voilà, j’espère avoir apporté preuves, expériences, faits tous scientifiquement incontournables pour que votre appréciation du crocodile soit davantage éclairée. Pensez-y lors de votre prochain achat d’un portefeuille.
A bientôt.
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