J’ai décidé en rédigeant ce texte que j’espère léger mais proprement structuré de m’adresser aux hommes et à eux seulement, non que j’ai véritablement envie de les interrompre dans leurs activités mais en révélant mes intentions ainsi, j’en suis sûr, de nombreuses femmes vont me lire. Hors tel est mon but désormais avoué.
Oh, je ne suis pas fier de ce piètre stratagème que j’hésite à qualifier ainsi mais comme le mot tactiquème qui eut été mieux approprié n’existe pas, force est de s’en remettre au vocabulaire courant.
Peu glorieux de fait, mais comme nos fières compagnes et muses se laissent aller à certaines manipulations mineures qu’elles aiment à croire bénéfiques, je me suis autorisé ce léger dérapage qu’elle me pardonneront, je l’espère.
Ainsi donc à quoi fais-je allusion, que me vaut ce jour ce courroux, à quelles sombre addiction fais-je référence ? Pourquoi tant de défiance contenue, dès mon introduction ?
Et pourquoi encore traiter de ce sujet si futile en apparence ?
Tant de questions auxquelles je ne répondrai pas sauf à la dernière d’entre elles.
A ceci je réponds que dans mon grand projet encyclopédique sur la femme, il faut bien commencer quelque part et par quelque chose.
Je veux donc tout d’abord pousser un cri de désarroi et parler bien sur des produits de beauté et autres découvertes révolutionnaires commises par nos industries de l’apparence qu’on nommait autrefois industries chimiques mais je reconnais que cela incite moins à la rêverie.
Ainsi et bien que mon expérience du beau sexe ne soit pas sans limite, loin s’en faut, j’ai toujours été particulièrement frappé par cette propension à l’entropie qu’ont toutes les femmes dès que l’on touche au taux d’humidité de leur peau.
Il semblerait que sans le recours à je ne sais quel brumisateur spécialisé, crème hydratante non grasse des couches supérieures de l’épiderme, baume labial au fenouil thermo-pressurisé et j’en oublie certainement, il semblerait donc que sans cela la peau de la femme au bout d’un temps non précisé s’assèche définitivement.
Comme le Sahara un jour passa de savane à désert de sable, ce qui lui fut fort dommageable, la peau de la femme, sans ces apports externes et spécialisés flétrirait sans retour.
L’avantage du paradigme est imbattable.
Si par bonheur, la peau dans le temps demeure saine, fraiche et tendue la femme tressera systématiquement des lauriers aux produits qu’elle aura utilisés.
Si, à rebours sa peau devient vieille, flasque et pour tout dire irrémédiablement attirée par la gravité, elle se félicitera d’avoir abondamment usé de ces mêmes produits qui lui auront, selon elle, permis d’éviter une catastrophe encore plus méphistophélique.
Vous l’aurez compris, l’usage de ces produits échappe à la logique et rejoint au choix les rangs de l’addiction à une secte, à moins que tout ceci ne soit qu’une bonne raison pour encore être en retard. J’admire en y pensant ces hommes et ces femmes qui chaque jour que Dieu L’Oréal fait imaginent des slogans abscons, des bénéfices incertains, un vocabulaire nouveau auxquels seules femmes trouvent un sens. Vraiment, je m’incline.
Pour clore le sujet, veuillez noter que la femme ne souhaite pas être plus belle, plus attirante, non. Elle veut être hydratée, parce qu’elle le vaut bien mais également parce qu’il faut être hydraté, voilà. Assez discuté.
En ce qui concerne le Brumisateur spécialisé qui, miracle, propulse de l’eau minérale dans son entourage sous forme de fines gouttelettes j’aimerais que l’on m’indique en quoi il pourrait hydrater mieux que par exemple se passer de l’eau sur le visage tout simplement. Par ailleurs, s’il brumise, il le fait moyennant un investissement financier dont l’équivalent en pétrole permettrait de relier Paris à Pékin en voiture aller et retour.
Pour ce qui touche à la crème hydratante non grasse qu’on est sensé appliquer en mouvements circulaires sur le visage en appuyant mais sans excès et en prenant bien soin d’éviter les muqueuses et qui par conséquent alimenterait en eau les couches supérieures de l’épiderme, je pouffe. Je sens la supercherie.
Se badigeonner d’une crème à l’eau qui réparerait le manque d’humidité d’un visage me parait aussi efficace que tenter de réparer un moteur de voiture en panne en projetant de la limaille de fer sur le capot.
Mais me direz-vous et vous auriez raison, mais les femmes ne sont pas folles, la crème imprègne la peau qui par la suite s’en voit assouplie et ceci sans désagréables traces graisseuses.
Certes la crème disparait car en la malaxant sur la peau, elle finit par s’évaporer, c’est certain… Comme nos joyeux chimistes ne sont pas fous non plus ils y ont incorporé un ingrédient qui lui demeure à la surface, doux au toucher et qu’il suffit d’assimiler à une humidification pour que le tour soit joué.
Je préciserai néanmoins pour l’exhaustivité scientifique que seules les femmes considèrent que leur visage demeure frais et non collant après ce traitement qu’elles s’appliquent avant d’aller au lit. Tous les hommes savent qu’il n’en est rien mais ne leur en font pas grief, pas pendant les trois premières années de leur relation amoureuse au moins.
Quant au baume labial au fenouil thermo-pressurisé, je me dois de dire que j’ignore comment il fonctionne car ce produit, je viens de l’inventer, mais je sais, on me l’a dit, qu’il existe de ces tubes au contenu rétractile dont la formule possèderait elle aussi des vertus hydratantes supra naturelles.
J’arrête ici mon étude doctorante dont vous noterez j’espère l’objectivité mais qui je sais me vaudra de nombreux quolibets et vous propose ceci Mesdames ; et si pour vous hydrater, vous buviez régulièrement de l’eau ?
A suivre, si je ne suis pas occis : les bienfaits des crèmes amincissantes ou les cours de pilates et que celles qui n’ont jamais succombé à la tentation me jettent le premier baume labial au visage.
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