LES LETTRES DE LÉON


C’est la mode

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Je n’aime pas la mode, mais c’est un moindre inconvénient, raison pour laquelle je commence par ce phénomène, tant il est vrai que je n’aime que très peu de choses. Ca n’est pas que je déteste la créativité que la mode inspire, non, loin s’en faut. Mais je hais au plus haut point l’idée que sous prétexte de mode, on entende m’imposer ma façon de penser, m’habiller, manger, boire. Personne n’a assez de talent pour organiser ma façon de vivre. Et pourtant, chaque jour, ici et là, un énergumène humain invente une mode et déploie une énergie folle afin de supplanter la mode précédente comme si un cycle infini devait se mordre la queue en permanence. 

Je n’aime pas la mode et sa cohorte de moutons bêlants qui tous pensent, s’habillent, aiment et détestent en prémâché. 

Je n’aime pas les élites politiques qui pour nous séduire abandonnent toute spontanéité, toute croyance, toute valeur. Je méprise ceux qui, chiens courants, tentent de lire dans les sondages, dans notre bêtise collective quels seront les thèmes gagnants de la prochaine élection afin de s’y conformer, comme une prostituée avant l’acte demande « qu’est-ce qui te ferait plaisir ? » en espérant qu’on y revienne.

Je n’aime pas ces hommes qui envoient sciemment nos jeunes au feu, tracent des lignes sur des cartes, lisent des dépêches, envoient des signaux tout en dégustant des cigares  rares, des Armagnacs plus rares encore et qui ferment la fenêtre par crainte d’attraper froid.

Je n’aime pas la feinte compassion assortie d’une larme ou deux d’égale fausseté qui roulent sur les joues des donneurs d’ordre lorsque le corps d’un soldat nous revient d’un ailleurs oublié, dans son habit de bois, flanqué de l’oriflamme tricolore. Je pleure discrètement devant le désarroi des veuves et de ces enfants tirant sur leurs jupes qui ne comprennent pas encore qu’il ne reviendra plus.

Je n’aime pas les crétins qui abordent des femmes comme un bateau pirate viole un galion et y dérobe ce qui brille en oubliant ce qui en fait une œuvre d’art. Ces mêmes hommes qui, gentiment éconduits le plus souvent, insultent celles qu’ils prétendaient séduire, noyant leur frustration dans la bassesse dont ils n’auraient jamais dû s’extirper. 

Je n’aime pas les crétins tout cours.

Je déteste tout spécialement les entrepreneurs qui déjà riches pour plusieurs vies souhaitent l’être encore pour quelques millénaires et davantage encore si possible afin de compenser des fissures de leurs vies, compenser des frustrations qui leur sont personnelles et ne m’intéressent pas.

Je les maudis de transmettre, par orgueil, des entreprises à leurs enfants incompétents qui ne conserveront de l’héritage que le poids de la tyrannie en oubliant celui de la création. Je les hais de faire peser sur de plus petits, moins courageux peut-être, plus raisonnables sans doute, des conditions de vie qu’ils ne souhaiteraient pas imposer à leurs animaux domestiques. Je les déteste de penser argent et non bonheur.

J’aime le vent qui souffle les cheveux d’une femme qui s’accrochent à son visage. J’aime qu’elle soit rousse ou blonde, brune encore, les yeux verts, bleus ou bruns, le teint interdit aux rayons du soleil, ou le corps halé en permanence, ses tâches de naissance brunes ou invisibles c’est selon.

J’aime qu’elle soit intelligente, supérieure, accessible. J’aime isoler ma vie du vertigo de l’existence, la retrouver, elle, lui parler, ou pas. J’aime écrire, fut-ce de ceux, nombreux que je n’aime pas et dont l’insignifiance me la rend encore plus estimable. Je n’aime pas tout, j’aime peu, mais j’aime.

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