LES LETTRES DE LÉON


Léon mince, tu pues

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Salut les lectrices ! C’est Léon. 

Oui je suis au courant. Je me la raconte un peu depuis la dernière fois et le succès sans égal qu’a connu ma prose, je ne le conteste pas. Mais que voulez-vous, dans cabotin, il y a chien n’est-ce-pas ? 

Je souhaitais en passant vous donner quelques nouvelles parce que le patron occupe la première ligne, écrit et écrit encore, j’ai lu et j’ai cessé, je pleurais trop ou alors je ne comprenais rien. 

Je reste désespérément absent de ses historiettes, tout au moins pas assez présent selon moi et l’importance que je revêts, comme dans l’oubli, harassé que je suis de tâches ménagères.

Je suis perclus de douleurs, mal nourri, délaissé, en un mot abandonné. De surcroit, pas un message d’affection de mes lectrices et ceci depuis des semaines alors que je les avais espéré fidèles.

Étant donc relégué à un oubli certain si je n’agissais pas, je me suis dit, si tu ne vas pas à Léon, Léon ira à toi ! Ohhh c’est beau ça, je garde cette sortie pétaradante pour la replacer.

Ce matin je me réveille d’une nuit à l’isolement. Il parait que depuis hier je sens le jambon de Bayonne avarié. D’habitude je sens le jambon de Bayonne, c’est un fait avéré, mais là il tord le nez le boss, prend des airs, du coup j’ai dormi dans la cuisine. Ça m’arrangeait de toute façon, je n’avais pas envie d’être avec lui. Même si j’ai eu peur, que je me suis ennuyé et que le poêle à bois m’a manqué et que j’ai bien cru qu’il ne m’aimait plus. 

Mais on a sa dignité tout de même. Je ne sens pas d’abord, j’empeste, nuance. 

Ce matin donc après qu’il ait bu son truc chaud et noir, qui lui sent bien mauvais sans que cela ne semble l’affecter plus que cela, nous sommes allés au Domaine. C’est ainsi que le patron appelle sa nouvelle niche gasconne avec son grand jardin dans lequel j’aime patrouiller chaque fois que nous y allons. Ne serait-ce que pour vérifier qu’un intrus ne s’est pas autorisé je ne sais quel occupation de notre « chez nous ». 

Le Domaine ! Je trouve que ça fait un peu péteux. 

Moi j’appelle ça la bouserie, ça claque et c’est ce qui me plait. Mais c’est aussi ce qui fait dire au patron que le propre du chien, c’est la saleté. C’est vrai que je n’y coupe pas. Dès que je me suis roulé dans un délice odorant susceptible justement de masquer ma propre odeur, il s’énerve. 

Léon, mince, tu pues ! Son visage prend une drôle de tournure, ça va chauffer. Il m’attrape, me porte à bout de bras et se dépêche vers la salle de bain. 

La salle de bains ! 

Je ne sais pas si toi aussi tu as ça, ni pourquoi tu l’as, mais je t’explique. C’est un endroit terrifiant, glacial, où se déroulent des tortures atroces, condamnables et surtout interminables. J’en ressors toujours bien sûr, j’ai une bonne constitution canine mais après cette abjection, je traine avec moi cette odeur fétide qu’il fait sortir d’un petit flacon au contenu visqueux et mousseux. 

C’est répugnant et ça ne sent rien de connu. Beurk, quoique si, je sais, ce qu’il y a de plus proche peut-être ; je sens le caniche. Suprême honte lorsqu’on brille naturellement au firmament de l’élite canine.

Quelle disgrâce alors même que j’ai rendez-vous avec Rosita. Que va-t-elle penser ? Et je n’aurai pas le temps de réparer les dégâts, mon Loup, que faire ?

Je vais patienter jusqu’à ce que le patron regarde une de ces histoires animées sur Nesquick qu’il affectionne tant. L’avantage c’est qu’il baisse la garde, s’occupe moins de moi et je peux profiter de ce défaut d’attention pour m’échapper par le soupirail pendant quelque temps. Mais je reviens toujours, je ne voudrais pas qu’il s’inquiète…ou qu’il bouche le soupirail.

Hop ça y est, je me hisse le popotin sur le bord de la route, je trottine dans la rue Aurensan, à droite et un peu plus bas je suis au square où je vais la retrouver.

Je l’attends ma Rosita, mon amoureuse, ma beauté septentrionale. J’ai toujours eu un faible pour ces chiennes nordiques au regard de lacs infinis, glacés et pourtant si aimantes, si chaleureuses. 

Rosita est une danoise blanche, à belles tâches noires qui vit avec des patrons néerlandais, je crois pour faire correspondre leurs tailles respectives.

Je l’ai rencontrée au jardin public qu’elle emplissait de sa belle présence. Mon cœur s’est arrêté de battre, j’ai laissé tomber le marron que je mâchonnais et que le patron m’envoyait au loin pour que je m’amuse alors que c’est moi qui l’amuse, mais bon, restons dans la confusion, ça nourrit son ego et ça ne me gêne pas. Quand on peut faire plaisir et que ça ne coûte rien.

Je suis passé et repassé devant elle le fouet dressé bien droit, la tête un peu raide, l’œil vif du chasseur. Je me fixais de temps à autres, le regard qui fouillait le lointain, la patte droite relevée et pliée, l’air mystérieux. Elle ne voyait pas ou bien feignait l’indifférence, ou j’étais trop bas, je ne sais.

C’est d’ailleurs ce que certains de mes amis mal intentionnés ou jaloux ont prétendu. 

J’entends encore Marcel mi-épagneul, mi-inconnu qui m’aboie dessus.

  • Elle ne peut pas te voir andouille ta Rosita. Il faudrait que tu sautes pour qu’elle prenne connaissance de ton existence.  

Comme si moi, Léon, le Magnifique, je passais inaperçu. 

  • Mais non ballot, m’a dit Bob, Bob c’est un copain de reniflette, un fox terrier peureux que j’appelle le fox terré. 
  • Mais non ballot, tu as vu ta taille ? 
  • Ma taille lui dis-je, ma taille ? Mais l’important c’est ce qu’on a à l’intérieur, c’est le cœur. Je repartis parader comme un paon à la queue dévastée ignorant magnifiquement ces deux imbéciles.

Rosita me regarda enfin de ses grands yeux comme les crèmes caramel du magasin Avec Plaisir 10 rue Aurensan, 32250 Montréal du Gers, que je déguste parfois et qui sont si bonnes. Et dans ses yeux j’ai fondu. Un choc majeur. Surtout un choc intellectuel, j’allais enfin connaitre l’amour et si elle était consentante ce serait merveilleux. Enfin c’est ce que me rabâchait le patron qui allait de raté en raté dans le domaine.

J’ai ramassé mon marron, suis passé devant elle et je l’ai laissé tomber, comme ça. J’avais vu ça dans une des séries du patron et j’avais trouvé ça très, très fort. 

Alors elle s’est penchée comme une girafe qui s’apprête à boire et m’a dit avec cette belle éducation qu’on acquiert dans les bonnes familles.

  • Monsieur et bel inconnu, vous avez perdu quelque chose, je crois.

Il a raison quand même Bob, pour Noël je vais commander un petit escabeau au patron.

Allez bises les filles, et portez-vous bien.

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