Il était une fois, dans un beau Royaume où tout était merveilleux et gentil, où poussaient de gros gâteaux meringués au beau milieu de champs aux hautes herbes mentholées qui rendent nigaud, une jeune Princesse héritière qui se nommait Pernicia.
C’est son histoire et celles d’autres beaux personnages tous plus hauts en couleur et truculents les uns que les autres que nous allons conter ici même, pour le plaisir de tous mais surtout des plus petits, j’en gage. Des plus petits du vingt et unième siècle, c’est-à-dire dès cinq ans forts éclairés déjà aux miracles de la vie et à ses dérivations chaotiques dans l’univers connu.
De bon matin, alors que la rosée s’évertue à te nous fabriquer des ornières bien boueuses qu’on en a le haut de chausse tout crotté et que parfois, même, ça n’est pas de la boue, ce matin ainsi donc, le soleil ne perçait pas encore tout à fait les limbes réminiscentes de cette nuit méphitique.
Car en ce royaume, si les journées étaient merveilleuses, toutes les nuits étaient méphitiques sans que quiconque n’ait d’ailleurs jamais bien compris pourquoi une telle malédiction s’était abattue sur le royaume. Ne comptez pas sur moi pour vous le révéler, je tiens le registre de la légende, pas celui de l’administration des plaintes. Particulièrement lorsqu’elles émanent de gueux trop prompts à répéter à qui va là des secrets qu’on ne devrait pas évoquer.
Ce matin-là, Pernicia de façon tout à fait inhabituelle baguenaudait déjà gaiement dans la forêt de Grosselande à la recherche d’une aventure. Je dis inhabituelle mais pour être franc je ne passe pas non plus toutes mes journées, collé aux arrières de Pernicia, aussi ai-je peut être exagéré mais je sens bien que vous n’en avez que faire. Hélas.
Pernicia, donc, quittant son majestueux château aux longues tourelles pointues qui chatouillaient les nuages de guimauve multicolore n’avait pas tout à fait dévoilé à la Reine, sa mère, la raison précise de son escapade matutinale.
Salacia était Reine de Grosselande depuis ses épousailles qui avaient défrayé la chronique et qui dataient un peu avec le Grand Roi Vicioso IV qui l’avait enlevée alors qu’elle-même s’évadait de la tour macabre dans laquelle son père l’avait enfermée pour préserver sa vertu.
Enfin, c’était ce qui se racontait au château, mais d’autres histoires certainement grotesques avaient connu leur heure de gloire. La décence m’interdit de vous les conter et j’ai déjà quelque regret de vous rapporter ce qui suit mais sachez tout de même que s’il avait s’agit d’un film il n’aurait pu passer qu’à proximité des gares si tant est qu’il y reste encore quelque cinéma. Mais assez digressé.
J’entends bien que les relations parents-enfants sont compliquées dans mon récit mais elles le sont toujours dans les contes et je me dois, soucieux de respecter la « Charte des auteurs de contes et légendes » de m’y conformer avec déférence. Je me courbe, donc.
Pernicia était une belle Princesse de dix-huit merveilleux printemps tout sucrés. Elle était blonde comme l’or, aux longs cheveux qui lorsqu’elle courait, à la fois lui battaient et lui flattaient le, les, enfin, la silhouette, oui c’est cela la silhouette. Ahh cette silhouette, avec ses …et son …, resplendissants.
Quelle conversation, quelle personnalité disait-on d’elle et c’était merveille de voir l’admiration qui l’entourait de ses attentions toutes plus dégoutantes les unes que les autres.
Elle était belle et portait beau, tant les vêtements quelconques, sur elles se transformaient en œuvre resplendissante des plus belles modistes des plus grands couturiers italiens. Car, oui l’Italie existait dans ce conte.
Mais si elle s’habillait bien, elle s’habillait surtout court pour le plaisir des insectes rampants notamment, mais pas que.
Et si ainsi elle faisait, cela n’était clairement pas pour effrayer les moineaux dont elle n’avait cure mais bien pour égayer la lance attristée en ces moments de paix de quelque beau jouvenceau tout caparaçonné en arme et armure paradant sur un cheval fougueux quoique parfaitement tenu.
Las que la paix est lourde pensa Crétinus, un cavalier romain plutôt banal qui n’avait jamais été capable même en temps de guerre de s’assurer quelque belle esclave pour compenser l’inconfort de sa tente.
Mais par bonheur, Crétinus n’était pas à Grosselande aussi ne croisa-t-il pas Pernicia ce jour-là et c’est bien ainsi car nous n’en tiendrons pas compte.
Pernicia s’enfonçait toujours plus loin et avec bonheur dans la forêt qui l’accueillait en de larges révérences de branches d’arbres, frênes, chênes et hêtres, les rois de nos beaux bois.
Toujours elle courait plus vite, s’arrêtait parfois au bord d’un ruisseau pour admirer son beau visage telle une Martine qui n’aurait pas été à la plage, à l’école, à la montagne mais qui comme elle respirait l’insouciance.
Elle croisa un loup poursuivi par une fillette au chaperon rouge elle-même suivie d’une mère-grand qui ralentissait régulièrement pour que le chasseur ne la perde jamais tout à fait de vue.
Pernicia s’arrêta, puisa dans ses poches quelques cailloux, de ceux petits et blancs qu’elle ramassait régulièrement depuis quelque temps au fil du chemin et les jeta habilement et avec méchanceté sur ces passants qui continuèrent leurs péripéties sans même s’en offusquer.
Un peu plus avant, à l’orée d’une large clairière réchauffée de lumière en son centre elle vit un jeune garçon pas plus haut que trois figues assis sur une souche de merisier pastoral. Comme elle se doutait qu’il s’agissait de cet inconscient de Tom Pouce qui passait sa vie dans la forêt à jouer au cantonnier et que de surcroit il allait encore pleurnicher dans sa belle robe pour se plaindre de ce qu’il était perdu, elle fit un grand détour et disparut dans un fourré avec délice.
Alors qu’elle errait ici et là elle parvint au lac de Tirecrass qu’elle n’avait pas visité depuis de nombreuses années. Les pins étiraient leurs têtes en quête de soleil, les pieds dans le sable fin, le sol parsemé de fougères grasses et vertes. Pernicia s’assit au bord de l’eau et contempla le paysage en se disant qu’elle commençait à faire une overdose de chlorophylle.
Alors qu’elle plongeait son regard dans l’eau claire elle vit une jeune grenouille s’acharner à rejoindre la surface à grand renforts de ses pieds palmés. Parvenue à sa hauteur, la grenouille prit un grand bol d’air et sauta près de ses pieds avant de la regarder avec un intérêt non dissimulé.
Pernicia lui sourit et lui dit.
- Bonjour petite grenouille, quel bon vent t’amène, si j’ose dire !
- Ça n’est pas le vent lui dit la grenouille c’est le destin. Embrasse-moi sur la bouche, je serai ton Prince pour la vie, tu seras ma Princesse pour la vie et nous serons heureux.
Pernicia se leva, se pencha avec grâce et saisit la petite grenouille qu’elle approcha de ses beaux yeux de jade avant de la jeter au loin, avec fracas côté plage en lui criant.
- Tu me prends pour une de ces blondes tartes de chez Perrault peut-être ? Allez, retourne jouer dans ta cité lacustre, malotru.
Lasse d’avoir provoqué l’apocalypse dans des dizaines de contes jusqu’alors racontés de même façon, débutant et se terminant de même, elle se retourna et ses cheveux traversés de soleil entouraient son visage d’ange déchu.
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