LES LETTRES DE LÉON


Rives de fleuve.

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C’était une rivière où il y avait un pont. Un pont romain avec un dos arrondi, accueillant, comme un chat qui s’étire. Et ce pont comme tous les ponts allait tout droit d’une rive agitée par des flots tumultueux à l’autre où régnait ce que l’homme nommait l’espoir. 

Mais au contraire de tous les autres, à part peut-être celui d’Avignon, jamais ce pont n’atteignait les ajoncs et les roseaux de la berge d’en face. Cependant, de là où il était, tout paraissait calme et conforme à ce que chacun pouvait espérer d’un banal enjambement d’eau vive.

Il avait progressé rapidement parmi les bruyères effleurantes de cette forêt de hêtres dont nos ancêtres autrefois faisait des mâts élancés, tutoyant les nuées.

Assise sur un banc chauffé par le soleil qui perçait la brume, elle était ce matin-là vêtue de son long corps infini et mince. Elle était si attirante comme hier et avant encore et comme tous les jours où il l’avait vue. Elle avait drapé sa longue silhouette dans un de ses vêtements qu’elle affectionnait et qui laissait au désir le soin de tout imaginer.  C’est beau de rêver.

Elle observait, de ses yeux verts au regard caressant d’amandes venues d’un lointain si proche et pourtant exotique. Elle regardait l’eau frémir et onduler, s’éloigner vers sa lointaine destination inconnue. 

Elle était venue. A nouveau. Et lui, était perdu.

Il avança sur le tablier pavé du pont afin de la rejoindre, mais le chemin s’allongeait à chaque pas qu’il faisait. 

Il aurait voulu partager ses émotions, sa tendresse, être avec celle à qui l’on dit tout et qui vous dit tout. Il aurait souhaité qu’elle lui fasse confiance.

Il aurait voulu picorer sa présence pour se remémorer ensuite les moments les plus troublants. Il aurait approché son visage du sien pour s’enivrer de son parfum.

Il aurait voulu l’embrasser, trembler un peu et la laisser s’envoler.

Elle lui disait qu’il n’en voulait qu’à son corps. Mais elle n’avait pas raison. Pas comme elle le pensait même si bien entendu et sans nul doute il aimait son corps. 

Mais il ne désirait pas afficher un trophée merveilleux à son mur, voué au passé. Non, ça n’était pas elle.  Il y avait d’autres femmes pour ça. 

Il voulait que ses yeux à lui soient les arbres enracinés dans la mousse verte de ses yeux de bruyère. Alors oui sans doute leurs corps voudraient s’étreindre pour en éteindre le feu. Une conséquence heureuse et merveilleuse en somme, pas un but en soi. 

La partie la plus forte de son esprit lui rappelait qu’elle ne voulait pas de lui, ne lui avait-elle pas dit ? Était-il sourd ou  pire, niais ? Fallait-il qu’elle lui écrive et si oui qu’il en soit ainsi ? 

Une autre voix intérieure plus faible mais plus séduisante lui hurlait de croire, d’espérer, Il ne savait plus ou  … feignait de ne pas savoir. 

Il espérait sans signal, confiant sans connaitre, comme ces marins qui un jour étaient partis vers l’ouest sans savoir s’il y avait un ailleurs, ou même une arrivée. Il ne voulait pas abandonner.

Il avança sur le pont qui grandissait au gré de ses pas. Elle était là sur l’autre rive, splendide et touchante. Il entendait son rire, il sentait sa vie, à portée de ses bras, comme l’ombre fuyante d’une caresse.

En aval comme en amont, sur d’autres ponts, tant et tant qu’il renonça à les compter il vit d’autres hommes jeunes et empressés traverser la rivière. Chacun de ceux qu’il envia   parvint de l’autre coté, là ou d’autres femmes qui surement leur plaisaient les attendaient. 

Elle aurait pu se lever et le rejoindre. Peut-être le pont fonctionnait-il dans l’autre sens ?

Il avança encore et encore au-delà des flots de l’adversité.

Une réponse à « Rives de fleuve. »

  1. Avatar de Dessart
    Dessart

    Très beau

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