Quelle mouche le pique? vous dites-vous, confortablement installés dans le fauteuil de relaxation à l’assise basculante dans lequel, en dehors de vos activités, vous aimez à paresser.
Un verre de faux cristal empli d’une boisson gazeuse dont le gai pétillement enchante vos oreilles, vous attendez de savoir pourquoi au juste je vous ai convoqué. Une telle démarche, je veux dire vous convoquer, en notre époque s’apparente à un abus de pouvoir, un manque de respect et en devient in fine totalement inacceptable. Je le sais. Mais vous êtes ici, tout de même et je ne peux que vous en remercier.
Ça y est, reprenez-vous en vos intérieurs torturés, il va encore nous donner quelque leçon sans intérêt, vite, je m’échappe.
Il est vrai qu’en débutant ainsi je brule mes vaisseaux, j’anéantis mes chances de vous voir lire ou écouter ma prose jusqu’au bout.
Mais advienne que pourra, je souffre que le mot alternative soit utilisé en dehors de son sens et je me devais de le faire savoir. Voilà donc et je m’en réjouis.
Une habitude qui, soit dit en passant est typique de notre époque, celle où les mots désormais signifient l’équivalent de bien d’autres mots et dont le sens réel ne nous apparait que lorsque le contexte se révèle enfin à nous.
Tant et si bien que dans quelques décennies tout au plus nous demeureront avec deux cents ou trois cents mots/grognements seulement pour exprimer nos désirs, nos objectifs, nos besoins. Nous serons de nouveau des mammifères motivés par leurs instincts uniquement et c’est là que je souhaiterais vous transporter.
Ne riez pas, nous y courons progressivement, tout droit, dans l’allégresse et l’abandon à d’autres des décisions à prendre.
Ecoutez, regardez et vous verrez qu’en quelques secondes d’attention seulement mieux vaut tout envelopper en une grimace aussitôt enregistrée en vidéo et bientôt diffusée plutôt que faire de longs discours. Et ce ne sont pas tous ces vecteurs modernes et abrutissants dans lesquels nous nous alanguissons qui me contrediront.
L’alternative, qui surgit après avoir réfléchi, constitue un choix final entre deux solutions ce qui précisément la rend unique car il s’agit de décider entre la solution une ou la deux. Ni plus, ni moins.,Il ne peut donc y avoir plusieurs alternatives, il peut y avoir un grand nombre de solutions mais d’alternative il n’y a qu’une.
Il se peut que des alternatives surgissent, mais il s’agit d’une succession de « une alternative » si j’ose dire, non d’une juxtaposition.
Il nous a fallu des siècles de réflexion pour en arriver là, il nous aura été nécessaire d’user tout l’intellect d’un Descartes et de bien d’autres philosophes français et européens pour réduire nos décisions à un choix parmi deux solutions.
Je ne vais donc pas courber l’échine devant ceux qui voudraient que tout signifie tout et que plus c’est simple, plus c’est grandiose et que l’un dans l’autre peut importe ce que je dis pourvu « qu’on » me comprenne. C’est dire la profondeur de la communication qui peut s’instaurer fondée sur de telles bases.
Et puisque nous passons par ici…..je ne résiste pas à vous agacer avec le verbe « baser » qui ne peut jamais s’utiliser sous la forme « baser sur ». Il est possible de fonder, établir sur mais baser sur, non, sauf bien entendu et seule exception s’il s’agit de baser des soldats sur la frontière par exemple. Mais me voici de nouveau professoral, donneur de leçons et pour tout dire, je suis au sommet, devenu votre cuistre préféré. J’arrête donc, mais non sans regret.
Pourtant, j’entends bien que j’ai perdu la bataille et que finalement, je n’écris et ne parle que pour les archéologues du futur si toutefois notre civilisation en produit encore, ce dont je doute.
D’autres que moi, plus mercantiles, avides et cupides ont bien compris ce phénomène et l’ont élargi à l’entièreté de notre société, celle pour laquelle l’effort est devenu un gros mot.
Les voici à la manœuvre, construisant cette société qui bientôt le dépassera pour les ensevelir, les normaliser afin de mieux les digérer avant qu’enfin ils ne disparaissent tout à fait.
C’est cette histoire que je vais vous narrer dût-elle gâcher votre diner de chips et vin blanc, de saucisson et coca cola, de pizza et Fanta citron.
Retrouvez en l’essence dans l’épisode suivant:
2. L’alternative. Le Grand Choix et ses incalculables conséquences.
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