LES LETTRES DE LÉON


Je hais le vélo

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Je suis allongé dans mon luxueux coupé sport deux places qui compte davantage de chevaux que n’en possède toute l’aristocratie britannique. J’ai les pieds posés par la fenêtre sur ma moto et j’attends. 

Pardon, j’en rajoute ? J’écris, ça ne coute rien tu sais ? Tiens, je rajoute l’intérieur tout cuir nappa, tu vois, ça ne change rien, tu ne paies déjà rien pour me lire et je ne te demande pas davantage.

Ma position est assez inconfortable, mais je suis prêt comme je ne l’ai jamais été. Cela fait deux jours que je ne quitte plus le garage. Ce que j’attends ? L’autorisation de m’élancer sans enfantillage ni contrôles autant intempestifs qu’inutiles.

J’ai déjà vérifié batterie et huile, j’ai rajouté de l’essence, resserré quelques écrous qui ne le nécessitaient pas vraiment et j’attends en me passant en boucle ma playlist Deezer sur la hifi (oui, nous on disait hifi autrefois) de ma voiture.

Bien entendu, ce que j’écoute remonte à la fin des années 1970, ou au début 1980 et je m’en félicite, car à cette époque le rap n’existait pas. 

Comment ? Ca fait vieux confiné de dire ça ? Mais j’ai les goûts que je veux et je rappelle aux jeunes qu’ils sont les vieux de demain et que demain arrive à grands pas.

La seule chose que je peux leur dire c’est qu’ils vont terriblement souffrir car si nous sommes passés du rock au rap, je n’ose imaginer quel enfer sera le leur. Je me demande même s’il est possible de faire plus, disons mauvais.

Et quand ça n’est pas du rap c’est de la musique électro, c’est comme ça qu’ils l’appellent.

Alors assieds-toi là, non plus confortablement, tu vas voir c’est horrible, je vais t’expliquer. Oui tu peux te mettre dans ma Récamier en velours parme, les pieds sur mon stool en soie sauvage (quand j’écris ça j’ai toujours un peu peur que la soie s’en aille en rugissant ou qu’elle me morde), là aussi j’invente, pourquoi voudrais-tu que le stool soit recouvert d’un Skaï disgracieux et collant aux fesses ?

Bien. Quelle est donc la recette de l’électro ?

Tu prends des morceaux à succès, et bien tiens, des années 1970 ou 1980 ou n’importe quel autre succès dès lors que tu n’en es pas le créateur. C’est très important que tu n’aies rien fait, car sinon, ça pourrait laisser entendre que tu as du talent et ça ne fait pas partie du plan.

Grâce à ton Mac, oui sur plateforme windows, c’est grave nul, je crois que c’est ainsi qu’on dit. Donc tu coupes des morceaux de la chanson qui te paraissent bien et tu les bricoles un peu pour ajouter des basses et un peu de percussions également. Tu répètes le thème le temps qu’il faut et par-dessus tu mets soit d’autres bouts de chansons que tu as volés ailleurs ou quelque chose de ta création, pour ceux qui sont, je peine à le dire, un peu musiciens.

Et, merveille de la magie du vingt et unième siècle, tu produis un tube que des millions de jeunes qui ne connaissent pas le morceau original vont adorer car les mêmes causes produisent les mêmes effets, quand bien même trente ou quarante ans ont passé. Le pire c’est que ça n’est pas forcément désagréable à écouter mais avouons-le ça n’est pas très créatif.

Mais je le sais, bien entendu je le sais. Ça n’est pas fait pour être créatif, c’est fait par des gens intelligents, pas très travailleurs et pour gagner beaucoup d’argent. Tiens regarde, prends Bob Sinclar par exemple et tu comprendras. Tu ne connais pas, regarde sur Gougle. On va me dire ça n’est pas de l’électro c’est un DJ ou je ne sais quoi. Tes paroles sont des bourdonnements de mouches à mes oreilles. C’est pareil.

Je ne leur en veux pas, il y a un marché pour tout aujourd’hui. Certains ont bien élu Donald Trump, et c’est beaucoup plus dangereux.

Donc, j’écoute la version originale de ces chansons en humant l’odeur des plastiques neufs et moelleux de mon auto et en regardant avec tendresse les flancs blancs des pneus de ma moto.

Un vélo ? Oui, j’en ai surement un, c’est à peu près sur. Pourquoi ? Si j’en fais ? Non, vraiment je n’en fais pas, je laisse ça aux spécialistes vêtus de leur habit ajusté dont je doute que les couleurs criantes et l’élasticité exacerbant chaque détail de leur anatomie leur permette de réaliser des performances sensiblement supérieures à ce qu’elles seraient s’ils étaient habillés d’un bête t-shirt et short.

Mais chacun trouve son plaisir où il peut, moi, je laisse mon tour, sans jeu de mot.

Mais ce que je déteste le vélo, c’est impensable. De grandes roues étroites, une selle d’un inconfort cosmique, une position penchée sur l’avant qui brise les poignets ou bien si tu es droit, ce sont les fesses qui souffrent un martyre longtemps oublié depuis les cages de Louis XI. Non, cet outil, cette chose n’a pas pu être construite pour le plaisir de l’homme et encore moins de la femme. Pourquoi encore moins ? Fais du vélo en jupe et chaussures de fille, tu verras.

Ce qui me porte à croire que j’ai raison de détester cet engin et que oui, il a été inventé pour faire le mal, c’est que vois-tu c’est l’étendard de l’écologiste, le vélo. Personne ne l’érige en héros à ce point. Je me demande même si les écologistes ne croient pas que le vélo peut tout résoudre ; la faim dans le monde, hop tout le monde à vélo, la pollution, bien sûr à vélo, ça remplace la voiture et à quoi bon aller à Nice, Cancale ou Bordeaux quand tu peux baguenauder sur les voies sur berge ? Manger bio ? C’est possible grâce au triporteur ou au vélo avec remorque désormais en partie propulsé par la fée électricité …nucléaire.

L’écologiste aime le vélo car il aime se faire du mal. Si, c’est connu et même prouvé maintenant. Il est plus efficace pour anéantir ses propres candidats que ses adversaires ne le sont. L’écologiste n’aime pas la croissance, il trouve que la pénurie est exaltante et qu’à condition de bien surveiller d’où viennent les protéines, les glucides et lipides, tout ira bien.

Il n’aime pas voyager, sauf en wagon bâché tiré par des percherons en Bretagne ou en trottinette dans le Marais. Il déteste la viande, enfin non, il aime la chair animale mais il n’aime pas tuer les bêtes mais si tu les tues, ou si tu vis à la campagne et que tu l’invites à manger du boudin, il en mangera mais pas à Paris, on pourrait le remarquer et le tancer. …vertement.

Il déteste aller à l’étranger parce que cela suppose de prendre l’avion puisqu’il déteste aussi la voiture, donc de voyager comme expliqué plus haut, sauf pour faire des documentaires qui dénoncent les multinationales bien sûr, auquel cas l’usage intensif de l’hélicoptère est recommandé. Mais là, ça n’est pas comparable et s’il le faut, le responsable ira planter un arbre pour compenser.

L’écologiste est allergique au gluten. Enfin à partir de quarante ou cinquante ans. Jusque-là, il ne l’était pas mais il ne savait pas non plus qu’il y en avait dans la plupart des céréales. Heureusement qu’on lui a dit, mais ça l’a quand même bien rendu malade. L’écologiste a des enfants mais pas trop car la terre est surpeuplée, il limite donc ses coïts au strict nécessaire et compense en faisant du vélo, décidément on y revient toujours.

Pourquoi tant de haine de ma part contre le vélo me diras-tu ami lecteur, ou amie lectrice ? En dehors de tout ce que je viens de t’expliquer qui se suffit en soi, le vélo te ralentit considérablement sur la route, car l’utilisateur utilise sans vergogne les mêmes routes que toi ce qui est absurde car par exemple, un vélomoteur ou une petite moto ne peuvent pas emprunter l’autoroute.

Alors, pourquoi autoriser les vélos sur la route ? Pourquoi ne pas tout simplement les interdire ?

Bon je vous laisse parce que je dois récupérer le mien chez le réparateur, j’ai crevé et ce soir, il y a soirée sacrifice dans ma nouvelle secte et c’est mon tour…

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